Vers Lutetia à 54 000 km/h

La sonde européenne Rosetta, en route vers la comète Churyumov-Gerasimenko, va bientôt survoler son second astéroïde : Lutetia.

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Vue d'artiste de la sonde Rosetta en approche d'un astéroïde.
Crédit : ESA, C. Carreau


Rendez-vous est pris pour samedi soir, à 454 millions de kilomètres de la Terre, Rosetta passera à 3 162 km de l'astéroïde Lutetia. La dernière correction de trajectoire, le 18 juin, s'est déroulée sans problème et la sonde européenne est parfaitement orientée pour ce survol.

Environ quatre heures avant celui-ci, la sonde sera repointée pour diriger ses instruments vers Lutetia. Trois heures avant le survol, elle passera sur un mode de navigation autonome et s'orientera directement par rapport à l'astéroïde. Pour permettre à la sonde de basculer sur elle même et de garder ses instruments pointés vers la cible lorsqu'elle la survolera à environ deux fois la vitesse d'une navette spatiale - 15 km/s ! - sans avoir à imposer en même temps une correction de pointage trop rapide à l'antenne à grand gain, la liaison à haut débit avec la Terre sera coupée pendant 40 minutes. Le passage au plus près de Lutetia interviendra à 17h44m46s (16h44m46s GMT). En raison de la distance, le signal de la sonde mettra 25 minutes et 21 secondes pour nous parvenir, c'est pourquoi le survol est officiellement annoncé pour 18h10m07s.

Les communications à haut débit seront rétablies 35 minutes plus tard et le téléchargement des données scientifiques commencera deux heures après le survol. Certains instruments continueront leurs observations pendant encore plusieurs heures.

Ces premiers résultats feront l'objet d'une soirée spéciale organisée à la Cité de l'Espace, à Toulouse, lundi 12 à 20h30 dans la grande salle IMAX, en partenariat avec le CNES et la 3AF. Un panel de scientifiques expliquera au public les enseignements du survol de Lutetia et les enjeux de la mission.

Lutetia est déjà en vue, comme le montre ce cliché pris par une des caméras de navigation de la sonde Rosetta le 31 mai dernier.
Crédit : ESA


Les mystères de Lutetia
Lutetia est le 21e astéroïde à avoir été découvert. Il a été repéré le 15 novembre 1852 par un astronome amateur allemand, Hermann Goldschmidt, depuis son domicile parisien de la rue de la Comédie. Au cours des neuf années suivantes, il en repérera 13 autres et croira même découvrir une lune de Saturne, qui s'avérera rapidement ne pas exister.

Comme tous les astéroïdes repérés à cette époque, Lutetia est relativement grand : on estime qu'il pourrait s'agir d'un ellipsoïde long de 134 km, soit deux fois plus grand que Mathilde, le plus gros astéroïde survolé à ce jour. Son type exact fait débat. Certaines mesures semblent indiquer une astéroïde de type C, c'est à dire riche en carbone, mais d'autres laissent à penser qu'il pourrait s'agir en réalité d'un astéroïde de type M, avec des traces de métaux. Dans le premier cas, il s'agirait probablement d'un débris de la formation du système solaire, mais dans l'autre, nous pourrions avoir affaire à un éclat d'un astéroïde plus gros qui aurait été détruit dans une collision.

On attend beaucoup de la caméra spectroscopique Osiris pour identifier la composition des terrains de Lutetia et lever le voile sur sa vraie nature.

Par ailleurs, Lutetia tourne sur elle-même en 8 heures et 10 minutes, autour d'un axe « couché » sur le plan de l'écliptique, comme la planète Uranus.

Petit récapitulatif des astéroïdes et des noyaux cométaire survolés par des sondes jusqu'à ce jour. Les images ont été mises à l'échelle.
Crédit : DR.



Dernière étape avant la comète
Pour Rosetta, cette rencontre est la dernière de son long périple vers son objectif final. Lancée par Ariane 5 le 2 mars 2004 la sonde a dû prendre le chemin des écoliers avec l'assistance gravitationnelle glanée lors de trois survols de la terre et un de Mars pour se placer sur une trajectoire qui lui permettra d'accomplir sa mission : se placer sur orbite autour du noyau de la comète Churyumov-Gerasimenko en 2014, y déposer un module d'atterrissage (doté d'un harpon pour s'accrocher fermement) et étudier le « réveil » de la comète alors qu'elle s'approche du Soleil.

Cet étonnant circuit lui a déjà permis de parcourir plus de 5 milliards de kilomètres (plus que la distance qui nous sépare de Neptune) et de survoler un autre astéroïde de la Grande Ceinture, Steins, en septembre 2008.

Après le survol de Lutetia, la sonde sera mise en hibernation pour 3 ans et demi. Elle ne sera réactivée qu'en janvier 2014 pour préparer son rendez-vous avec la comète.

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