Une nouvelle logique pour l’énergie ?

Après avoir travaillé pour la NASA, un ingénieur a lancé des piles à combustible qui pourraient changer notre façon de produire et consommer de l’électricité.

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Energy server - Bloom Energy
De simples boîtes métalliques qu’on pourrait confondre avec des climatiseurs en batterie...  En fait, des serveurs d’énergie basés sur une technologie étudiée pour les voyages habités vers Mars !
Crédit : Bloom Energy

Sur le papier, la pile à combustible a tout de la solution idéale dès qu’on pense énergie propre. Avec de l’hydrogène, cette technologie basée sur une électrolyse inversée fournit de l'électricité plus de la chaleur en rejetant... de l’eau ! Découverte au 19ème siècle, la pile à combustible a connu un fort développement technologique avec l’essor du spatial et aujourd’hui certains constructeurs automobiles l’utilisent même pour fabriquer des prototypes de voitures zéro-émission (voir cet article Enjoy Space).

Perfectionnée avec le spatial
Mais la pile à combustible basée sur l’hydrogène exige des matériaux coûteux (le platine par exemple) qui freinent son intérêt économique. Il existe cependant d’autres types de piles à combustible, dites à oxyde solide, capables de fonctionner avec des matériaux moins rares et des carburants comme le gaz naturel, plus courants et faciles à stocker que l’hydrogène. Revers de la médaille, cette solution nécessite des températures élevées dans la pile (plus de 700 °C) sans quoi les réactions nécessaires n’ont pas lieu, ce qui pose de sérieux défis technologiques et se répercute sur le prix du générateur d'électricité ainsi réalisé. On a l’impression de tourner en rond...

Mars base - NASA
Dessin NASA d’une base martienne. L’alimentation en énergie d’habitats sur la planète rouge passera probablement par des piles à combustible en plus des panneaux solaires.
Crédit : NASA

Mais la quadrature du cercle pourrait bien avoir été trouvée par KR Sridhar, un docteur en physique originaire d’Inde qui a travaillé à la NASA sur les projets de missions habitées martiennes. Le but : mettre au point des piles à combustible capables de fournir de l’électricité aux futurs explorateurs de la planète rouge. À la fin de ce projet, il créa la société ION America qui est devenue Bloom Energy. On s’en doute, la firme est spécialisée dans les piles à combustible ! C’est la voie de l’oxyde solide qu’ont perfectionné KR Sridhar et ses équipes en recourant à des lamelles de silicium (du sable, donc d’un coût raisonnable), mais aussi en baissant la température de fonctionnement. Le concept a été poussé jusqu’à proposer un serveur d’énergie...

Bloom Energy Fuel Cell Diagram
Crédit : Bloom Energy, traduction Enjoy Space

Décentraliser la production d’électricité ?
Ce serveur d’énergie se présente sous la forme d’un module de 5 m de longueur sur 2 m de côté et autant de hauteur pesant 10 tonnes. Alimenté en gaz naturel, il délivre 100 kW d’électricité en réduisant l’empreinte carbone (CO2 émis) de 34 % par rapport au réseau électrique américain. Bloom Energy, précise qu’en utilisant des biocarburants, le bilan carbone de sa pile à combustible peut devenir quasiment neutre. Pourtant, il ne s’agit peut-être pas là de la révolution latente la plus importante que pourrait entraîner ce nouveau concept. En effet, la jeune société de KR Sridhar décrit une logique énergétique qui tourne carrément le dos à ce qui se fait aujourd’hui. Ainsi, au lieu de produire de grandes quantités d’électricité au sein de centrales énormes avec l’obligation de la distribuer via d’imposants réseaux à haute tension, Bloom Energy propose de multiplier les serveurs d’énergie basés sur sa technologie en jouant la carte de la proximité.

KR Sridhar
KR Sridhar avec ses lamelles révolutionnaires. Après avoir travaillé pour la NASA, il a fondé Bloom Energy.
Crédit : Bloom Energy

À ce jour, un seul serveur de 10 tonnes pourrait alimenter une centaine de maisons individuelles et de nombreuses entreprises comme Google, FedEx ou eBay emploient cette solution pour ne plus dépendre exclusivement du réseau électrique. Enfin, quand on sait que Bloom Energy précise que ses serveurs peuvent aussi produire de l’hydrogène pour des voitures propres basées sur les piles à combustible utilisant ce «carburant», on entrevoit carrément une nouvelle logique pour l’énergie que nous consommons quotidiennement !

Publié le 26 février 2010

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