Des vacances inédites en orbite terrestre : une société basée à Las Vegas y pense sérieusement et s’en donne les moyens.
Un hôtel dans l’espace pour 2015 ? Basée à Las Vegas, la société Bigelow Aerospace y croit et a déjà testé certaines des technologies nécessaires avec deux modules inhabités lancés en 2006 et 2007. Crédit : Bigelow Aerospace
Un complexe hôtelier qui tourne autour de notre planète n’est pas exactement une idée neuve. Ce rêve futuriste a largement été envisagé depuis plusieurs décennies. La très sérieuse firme japonaise Shimizu a ainsi réfléchi à un concept particulièrement spectaculaire. Hélas, celui-ci, comme d’autres qui mettent en avant une imposante structure, se heurte au coût élevé de l’accès à l’espace.
Le réalisme vient de... Las Vegas ! Car plus l’hôtel est grand, plus on multiplie les lancements chargés d’amener sur orbite les éléments nécessaires à sa construction. Et lorsqu’on voit l’exploit et le budget (on parle de 100 milliards de dollars) que représente l’assemblage de la Station Spatiale Internationale qui peut héberger 6 personnes (plus de 30 vols de navette, 2 de fusée Proton russe sans compter les missions Soyouz et les cargos Progress sur 10 ans), on frémit aux gigantesques moyens requis par la réalisation d’un véritable hôtel capable d’accueillir des centaines de clients avec un minimum de confort...
Le gigantesque complexe hôtelier envisagé par la firme japonaise Shimizu : un rêve fabuleux qui demande des moyens spatiaux considérables. Crédit : Shimizu Corporation
Paradoxalement, une approche plus réaliste a été pensée par une société basée à Las Vegas, une ville plutôt synonyme d’extravagance ! Son nom ? Bigelow Aerospace, fondée en 1998 par l’américain Robert Bigelow qui a fait fortune dans le marché hôtelier avec sa chaîne Budget Suites of America. Pour lui, l’avenir de l'hôtellerie est dans l’espace. Pas à pas, il a mis sur pied une expérimentation concrète de la technologie des modules gonflables, une solution étudiée par la NASA au début de l’ère spatiale. Sa firme a ainsi déjà envoyé sur orbite 2 modules gonflables inhabités de 4,4 m de long pour 1,4 m de diamètre baptisés Genesis I et II (lancés en 2006 et 2007 en louant les services d’une fusée russe Dnepr).
Le module gonflable Genesis II sur orbite photographié par une caméra embarquée. Les deux Genesis ont permis à Bigelow Aerospace de tester dans l’espace leur concept de module gonflable. Crédit : Bigelow Aerospace
La prochaine étape annoncée est l’envoi de Sundancer, un module gonflable plus vaste de 8,7 m de long pour un diamètre de 6,3 m. Cette «mini-station» aura la capacité d’être habitée, mais n’hébergera dans un premier temps aucun astronaute : Bigelow Aerospace l’utilisera pour tester sa technologie sur orbite de façon automatique. Ensuite, les missions habitées commenceront suivies par l’ajout d’un autre module Sundancer puis par l’arrivée du BA 330 qui sera plus grand (13,7 m de long pour 6,7 m de diamètre). L’exploitation commerciale pourrait débuter dès 2015 !
Pas seulement un hôtel : une station commercialisable L’hôtelier de Las Vegas garde cependant les pieds sur terre et ne cache pas que sa station privée n’est pas uniquement destinée aux riches touristes spatiaux. Les autres marchés envisagés sont les nations émergentes qui souhaitent développer un programme de vols habités sans pour autant bâtir toute l’infrastructure nécessaire. Un État achètera alors à Bigelow Aerospace une prestation complète incluant l’envoi de ses astronautes vers la station et l’utilisation de celle-ci pour une période donnée. Le même type de contrat pour des sociétés privées, désireuses par exemple de procéder à des expériences sur orbite, est aussi annoncé.
Un exemplaire d’évaluation du futur BA 330 dans les locaux de Bigelow Aerospace. La technologie des modules gonflables offre la capacité d’envoyer sur orbite des structures plus grandes. En effet, lors du lancement, l’engin occupe moins de place et ne se «gonfle» qu’une fois arrivé dans l’espace. Crédit : Bigelow Aerospace
Bien évidemment, un tel programme demande des fusées capables de placer sur orbite les modules de Bigelow Aerospace. De ce côté, le marché actuel ne manque pas de prétendants et la firme de Las Vegas est déjà en pourparlers avec SpaceX pour utiliser son lanceur Falcon 9 récemment inauguré avec succès (voir cet article) et avec Lockheed Martin (via United Launch Alliance) pour l’Atlas V. Concernant le transport des astronautes, Bigelow Aerospace observe de très près les ambitions de SpaceX qui veut faire de son projet de cargo spatial Dragon une capsule habitée pour répondre aux besoins de la NASA dans le cadre du programme spatial de Barack Obama (l’envoi des astronautes de l’agence devant être confié au secteur privé) et collabore avec Boeing sur le CST-100.
Une capsule Boeing CST-100 va s’amarrer à la station privée de Bigelow Aerospace. Une illustration présentée par l’industriel aérospatial américain au salon de Farnborough. Crédit : Boeing
Ce Crew Space Transportation, capable d’emporter 7 personnes, a lui aussi été pensé en réaction à la nouvelle orientation spatiale de la Maison Blanche. Son développement fait d’ailleurs l’objet d’un contrat de 18 millions de dollars avec la NASA. Et lors du salon de Farnborough, qui se déroule jusqu’au 25 juillet, Boeing a dévoilé des images et une vidéo (ci-dessous) qui montre son CST-100 qui se rend... vers la station de Bigelow Aerospace !
Robert Bigelow réussira-t-il sur orbite comme il l’a fait avec les hôtels sur Terre ? Seul l’avenir le dira, mais l’homme s’en donne les moyens : il a déclaré être prêt à investir personnellement 500 millions de dollars et a déjà consacré 180 millions de dollars à ce projet. Publié le 21 juillet 2010
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