Un «été indien» sur Titan

L’alternance des saisons semble en retard sur la plus grande lune de Saturne. Un phénomène qui intrigue les scientifiques.

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Des nuages dans l’hémisphère sud de Titan, signes d’un été qui dure plus longtemps que prévu. Image infrarouge acquise le 26 mars 2007.
Crédit : NASA/JPL/University of Arizona/University of Nantes

«Il n’y a plus de saisons !» La rengaine montre à quel point nous sommes attachés à la régularité des rythmes saisonniers sur notre planète puisque cette plainte surgit dès qu’un coup de froid épisodique surprend le printemps ou si l’automne paraît anormalement clément... Petite consolation, la Terre n’est pas le seul corps du système solaire à posséder une machine climatique complexe qui échappe parfois aux calculs des spécialistes : la plus grande lune de Saturne, Titan, semble en effet en ce moment connaître un automne plus chaud et humide que prévu.

Un été qui se prolonge
Seule lune connue à posséder une atmosphère, Titan fait l’objet d’observations régulières par la sonde Cassini, en orbite au sein du système saturnien depuis juillet 2004. Cette mission robotique qui associe la NASA, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et l’Agence Spatiale Italienne (ASI) a d’ores et déjà ramené de remarquables résultats scientifiques et de superbes photographies (voir ce portfolio Enjoy Space). Elle a ainsi permis de mieux comprendre Titan qui, sous l’épaisse brume de sa haute atmosphère, cache un monde de glace et de roche sur lequel pleut du méthane (un hydrocarbure) par une température moyenne de -180 °C. Aux pôles, le radar de la sonde Cassini a même détecté la présence de lacs de méthane liquide qui se remplissent au gré des pluies. Car l’énigmatique lune connaît des saisons, comme la Terre, mais sur une période bien plus longue, puisque, comme le souligne le scientifique Jean-Pierre Lebreton, «une saison dure environ 7 ans sur Titan» (voir son interview dans la section En savoir + en fin d’article).

La surface de Titan (à gauche devant une partie du globe de Saturne) est constamment cachée par une brume située dans sa haute atmosphère. Mais certains instruments de la sonde Cassini, comme son radar, sont capables de «voir» à travers. Sur la photo de droite : les lacs de méthane liquide présents aux pôles.
Crédit : NASA/JPL/Space Science Institute

En ce moment, Saturne et Titan sont en phase d’équinoxe, ce qui signifie que le Soleil est plus ou moins à l’aplomb de leur équateur et éclaire donc de façon égale leurs pôles. C’est le moment où les saisons alternent, tout comme sur Terre*. Selon les modèles théoriques, l’été dans l’hémisphère sud de Titan aurait déjà dû montrer d’évidents signes d’arrêt avec le départ des nuages et une baisse des températures (en été sur Titan il fait «chaud» et humide) depuis 2005 !
Mais la sonde Cassini détecte toujours des nuages aux latitudes sud moyennes et près de l’équateur comme l’a souligné un communiqué de la NASA du 3 juin dernier. Un été qui dure et qui rappelle l’été indien d’Amérique du Nord sur Terre quand un temps quasi estival semble vouloir jouer les prolongations en succédant aux premières gelées de l’automne. Bien évidemment, on notera que l’été indien sur Titan diffère de son homologue terrestre en n’étant pas sec et tempéré, mais «chaud» (quelques degrés de plus par rapport aux -180 °C moyens) et humide.

Image d’artiste montrant la sonde Cassini arrivant près de Saturne en juillet 2004.
Crédit : NASA/JPL

Mission Equinox
Les scientifiques scrutent avec attention ce retard dans l’alternance des saisons constaté sur des images qui remontent à 2007. Pour aller plus loin, ils tireront profit des multiples survols de Titan par Cassini, à commencer par celui des 6 et 22 juin où la sonde doit passer à environ 950 km d’altitude au plus près. Il faut ici rappeler que l’explorateur robotique est depuis juillet 2008 en extension de mission sous le patronyme Equinox (choisi pour souligner la période que connaît le système saturnien en ce moment). Au sein d’un ambitieux programme d’observations, une autre lune fera l’objet de plusieurs survols : Encelade. Son pôle Sud est en effet le siège de geysers de particules de glace qui pourraient bien provenir de poches d’eau liquide souterraines. Or lorsqu’on parle d’eau liquide, l’éventualité de la vie (sous une forme certes très simple) vient à l’esprit. Cassini survolera donc à nouveau cette lune en passant dans les panaches issus des geysers afin d’en analyser plus précisément la composition. La manœuvre est programmée pour le 2 novembre prochain et l’altitude minimale de survol sera de seulement 99 km !

Les geysers d’Encelade éjectent des particules de glace qui pourraient provenir de poches d’eau liquide souterraines.
Crédit : NASA/JPL/Space Science Institute

La mission Equinox est prévue pour durer jusqu’en septembre 2010. Cependant, si la sonde Cassini reste en «bonne santé», on peut difficilement imaginer de cesser d’exploiter le seul engin jamais placé sur orbite autour de Saturne.

(*) Sur Terre, l’équinoxe du mois de mars marque l’arrivée du printemps et celle de septembre la survenance de l’automne, du moins pour l’hémisphère nord (le contraire pour l’hémisphère sud).
La mission Cassini : sites NASA - ESA - ASI

Communiqué de presse NASA/JPL du 3 juin

Survol de Titan du 6 juin

Liste des prochains survols de Titan et Encelade


Publié le 5 juin 2009

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