Picard : Soleil et climat

Lancé le 15 juin, un satellite du CNES va étudier notre étoile avec précision afin de mieux comprendre l’influence de son activité sur le climat de la Terre.

Bookmark and Share

 

Picard - CNES
Le satellite Picard (illustration). D’une masse de 150 kg, il orbite à 725 km au-dessus de notre planète.
Crédit : CNES - D. Ducros

Petit satellite, mais grands objectifs ! Picard est issu de la filière Myriade développée par le CNES, l’agence spatiale française, avec des industriels afin de disposer d’une plateforme compacte adaptable à plusieurs types de missions, le tout pour un budget maîtrisé. En l'occurrence, le satellite placé avec succès sur orbite le 15 juin emporte 3 instruments conçus avec des institutions suisses et belges pour «ausculter» l’astre du jour.

Soleil et climat : quel lien ?
La machine climatique terrestre, somme toute assez stable à l’échelle d’une vie humaine, connaît pourtant des coups de chaud et de froid ! On sait ainsi, pour ne citer que des alternances récentes, que, voici 20.000 ans, l’Europe et l’Amérique du Nord étaient recouvertes de glaces alors que, du 10ème au 14ème siècle, les écrits de l’époque attentent d’un réchauffement généralisé avant le Petit Âge Glaciaire du 16ème au 19ème siècle, marqué par des hivers particulièrement rigoureux et une avancée des glaciers européens. Ce Petit Âge Glaciaire correspond de façon troublante au «minimum de Maunder», une période où les astronomes ont remarqué que le Soleil était dépourvu de tâches, signe de pics d’activité sur notre étoile.

Soleil - SOHO
Les taches solaires (photo du satellite SOHO) : zones plus froides à la surface de notre étoile (la photosphère) et sièges d’une intense activité magnétique, leur nombre est directement lié à l’activité du Soleil. Les plus grandes peuvent dépasser 80.000 km de largeur (6 fois le diamètre de la terre !).
Crédit : NASA/ESA

Tous les 11 ans, le Soleil passe certes par un minimum (nous sommes normalement à la fin d’une telle baisse), mais c’était la première fois que des observations continues et méticuleusement notées attestaient d’un nombre de taches solaires 1.000 fois moindre que la normale ! Pour autant, existe-t-il un lien entre la baisse d’activité du Soleil et le bouleversement climatique du Petit Âge Glaciaire ? Picard nous donnera peut-être la réponse.

Indispensable pour l’avenir
Justement, l’astronome français Jean Picard (1620-1682) mesura de nombreuses fois le diamètre du Soleil au début de ce «coup de froid» sur l’Europe. Le satellite lui rend bien évidemment hommage, car, outre d’autres mesures, l’engin du CNES entend déterminer avec la plus haute précision possible cette grandeur de notre étoile. Un paramètre important puisque certains scientifiques estiment que la taille du Soleil et son activité sont liées. Du coup, en comparant les résultats obtenus depuis l’espace dans les mois à venir avec ceux de l’astronome du 17ème siècle, on espère mieux comprendre l’éventuel couplage entre l’astre du jour et le climat terrestre. Un sujet qui est d’ailleurs loin de faire l’unanimité : pour certains, l'énergie totale émise par le Soleil lors de ses «hauts» et ses «bas» varie trop peu pour être l'une des causes des changements climatiques passés.

Dnepr - Picard - Prisma
Décollage du lanceur russo-ukrainien Dnepr le 15 juin dernier. À son sommet : Picard et deux autres satellites de la mission suédoise Prisma à laquelle participe le CNES.
Crédit : Kosmotras

Cependant, on sait aussi que le rayonnement solaire dans la gamme des ultraviolets joue un rôle capital dans la chimie de notre haute atmosphère, notamment en ce qui concerne l’ozone dont dépendent la température et la dynamique même de la stratosphère. On le voit, les résultats de Picard ne concernent pas qu’un mystère du passé, le minimum de Maunder, mais doivent aussi nous donner des outils concrets pour l’avenir en améliorant les modèles climatiques actuels.

Publié le 18 juin 2010

Bookmark and Share

 

Dossiers

  • Soyouz en Guyane

    C’est la fusée mythique par excellence, celle qui a lancé Spoutnik, le premier satellite, et Gagarine, le premier homme dans l’espace. Le Centre Spatial Guyanais (CSG), est désormais l’une de ses bases de lancement : un accomplissement historique.

  • Star Trek et la NASA

    45 ans après la diffusion du premier épisode de la célèbre série de science-fiction, les aventures du capitaine Kirk et de ses coéquipiers inspirent plus que jamais l’agence américaine, ses astronautes et son personnel et plus largement les professionnels de l’espace dans le monde entier.

  • Alan Shepard, du suborbital à la Lune

    Il y a 50 ans, le 5 mai 1961, quelques semaines après Gagarine, l’Américain Alan Shepard atteignait l’espace. Quelques années plus tard, il marchera sur la Lune résumant en quelque sorte la course qui opposait l’Union Soviétique et les États-Unis.