Le 25 janvier 2004, le rover de la NASA Opportunity se posait sur la planète rouge. Conçu pour travailler au minimum 90 jours, il fonctionne toujours ! En 8 ans il a déniché des indices en faveur de la présence d’eau liquide dans le passé de Mars.
Le rover Opportunity sur Mars (illustration pour le rover, la photo de la surface de Mars est réelle et issue des clichés d'Opportunity). Crédit : NASA/JPL
Nous sommes le 25 janvier 2004 à 05h05 Temps Universel : 21 jours après son jumeau Spirit, le rover Opportunity arrive à la surface de Mars en utilisant une technique d’atterrissage basée sur des ballons gonflables. La vidéo ci-dessous, résume son voyage, de son décollage le 7 juin 2003 à son arrivée sur la quatrième planète.
Eagle Crater : un superbe coup de golf ! Alors que Spirit s’est posé dans l’immense cratère Gusev de 166 km de diamètre qui s’avère être parsemé de roches d’origine volcanique, Opportunity se loge au sein d’un petit cratère de 22 m de diamètre et de 3 m de profondeur. Très rapidement, avec les premières images et analyses, les scientifiques se rendent compte que la bordure du cratère expose des roches qui montrent que cette région dite Meridiani Planum a pu autrefois (comptez en centaine de millions voire 2 ou 3 milliards d’années) héberger de l’eau liquide ou même être le fond d’un océan.
Alors qu’il sort du cratère Eagle, Opportunity le photographie. On note au centre sa plateforme de transport. Crédit : NASA/JPL
Le cratère est baptisé Eagle Crater (le cratère Aigle) en hommage au Module Lunaire Eagle de la mission Apollo 11 (les premiers hommes sur la Lune en 1969), mais aussi parce qu’en golf, un Eagle signifie qu’on a atteint le trou en deux coups en dessous du par (le nombre de coups théorique pour y arriver). Et sur un par 3, ça donne «un coup en un», geste magique que tout golfeur rêve de faire et qu’Opportunity vient de réaliser sur le plan scientifique : envoyé pour trouver des preuves géologiques du «passé humide» de Mars, il débusque du premier coup un des indices les plus convaincants !
Opportunity ensablé ! Bien que doté de 6 roues motrices, le risque était réel que le rover resta à jamais prisonnier de ce piège. Avec patience et astuce, ses «pilotes» l’ont sorti de ce mauvais pas. Crédit : NASA
De la chance, mais surtout beaucoup de persévérance Quelle chance pourrait-on juger... Toutefois, l’incontestable réussite d’Opportunity après 8 ans passés sur la planète rouge (record d’activité d’une sonde sur Mars, qu'elle soit mobile ou immobile) doit aussi énormément à la persévérance de tous ceux qui ont travaillé à l’élaboration de cette machine et de son jumeau Spirit (qui a cessé d’émettre le 22 mars 2010) ainsi que la détermination des responsables scientifiques à la tête de laquelle opère Steve Squyres, par ailleurs ardent promoteur de la nécessité d’envoyer des astronautes là-bas dans le futur.
Panoramique du cratère Victoria (800 m de diamètre) que le rover Opportunity explora de 2006 à 2008. Crédit : NASA/JPL
En effet, le programme Mars Exploration Rover de la NASA a connu avant même son double décollage (Spirit et Opportunity sont partis sur deux fusées distinctes) des écueils sérieux. Ainsi, les ballons gonflables prévus pour amortir l’arrivée au sol se déchiraient lors des tests. Bien que cette technique novatrice ait été testée avec succès avec la mission Mars Pathfinder en 1997, les masses en jeu n’étaient plus les mêmes : 264 kg pour l’atterrisseur Pathfinder et 533 kg pour celui de Spirit et Opportunity (les rovers ont chacun une masse de 185 kg). Ce n’est pas tout. Quelques mois avant les envols, les parachutes n’étaient pas prêts. Lors de tests, ceux prévus ne tenaient pas le choc au moment du déploiement ! De plus, le budget total de la mission dépassa les prévisions, mais la NASA accepta la rallonge financière nécessaire. Nul doute qu’aujourd’hui ce choix ne souffre d’aucune critique !
En 2005, Opportunity examine le bouclier thermique (photo de gauche) de son vaisseau porteur (qui s’était écrasé à surface de Mars lors de l’atterrissage comme prévu) et découvre cette étrange roche baptisée «Heat Shield Rock» (pour «roche du bouclier thermique, photo de droite). Il s’avère qu’il s’agit là de la première météorite identifiée sur une autre planète que la Terre ! Crédit : NASA/JPL/Enjoy Space
Enfin, s’il convient de saluer la performance de fiabilité des rovers et notamment d’Opportunity, un exploit de ses concepteurs et fabricants, il faut tout autant pour ce huitième anniversaire rendre hommage à ces «pilotes», techniciens, ingénieurs et scientifiques qui ont eu sans cesse à faire des choix en vue d’atteindre des objectifs de recherche tout en prenant les bonnes décisions sur les trajets à suivre (un délicat équilibre entre risque et prudence afin d’examiner ce qui mérite de l’être). Et les obstacles n’ont pas manqué comme lorsqu’Opportunity s’ensabla, ce qui nécessita de mettre au point des manoeuvres de dégagement avec sang-froid sans tomber dans le piège de la précipitation. La vidéo NASA ci-dessous célèbre les 8 ans du rover sur Mars.
Quartier d’hiver pour Opportunity Huit ans après son arrivée, Opportunity continue à ramener des analyses pertinentes et même spectaculaires. Ce fut ainsi le cas récemment avec la découverte d’une veine de gypse qui s’est formée autrefois lorsque de l’eau liquide a été au contact de roches volcaniques. Selon Steve Squyres, c'est «le genre de choses qui fait que les géologues bondissent de leur chaise» (voir cet article).
La bordure du cratère Endeavour qu’Opportunity a mis 3 ans à atteindre. Le rover cumule aujourd’hui 34 km parcourus sur Mars. Crédit : NASA/JPL
Mais en huit ans, les panneaux solaires du vaillant rover sont de plus en plus recouverts de poussière martienne, ce qui diminue leur efficacité. À moins qu’une petite tempête ne vienne providentiellement souffler sur les cellules photovoltaïques pour les nettoyer (ce qui est déjà arrivé !), Opportunity doit cette fois-ci prendre des dispositions spéciales pour survivre à son cinquième hiver martien (sur cette planète, les saisons sont deux fois plus longues que sur Terre), même s’il évolue dans l’hémisphère sud assez proche de l’équateur. Ses «pilotes», l’ont donc garé sur une petite pente orientée vers le nord afin d’optimiser l’angle avec lequel les panneaux recevront les rayons du Soleil qui sera plus bas sur l’horizon. L’endroit a été baptisé Greeley Haven en hommage à Ronald Greeley (1939-2011), un planétologue de l’Arizona State University (université qui participe activement à la mission avec le JPL de la NASA).
Photo prise depuis Greeley Haven où Opportunity va passer la saison hivernale tout en continuant à faire de la science. Crédit : NASA/JPL
La science ne sera pas mise en repos pour autant. Le rover étudiera, sans bouger, la zone où il se trouve au bord du cratère Endeavour de 22 km de diamètre (un objectif qui demanda une longue route entamée à la mi-2008). De plus, en émettant des signaux radio avec son antenne à grand gain reçus sur des radiotélescopes sur Terre, les scientifiques comptent traquer les infimes «imperfections» de rotation de Mars sur elle-même. Celles-ci trahiront la structure interne de la planète, ce qui permettra de mieux la connaître. Notons qu’en août 2012, Opportunity ne sera plus le seul rover en action sur Mars. Il sera rejoint par l’imposant MSL-Curiosity qui transporte deux instruments français (voir la vidéo EnjoySpaceTV ci-dessous).
Et dès le 11 février, la Cité de l’espace de Toulouse, vous propose une toute nouvelle exposition dédiée à l’exploration de Mars avec notamment des maquettes taille réelle des trois types de rovers qui ont roulé sur cette planète : Le petit Sojourner de Mars Pathfinder, Opportunity (ou Spirit, les deux étant identiques) et bien évidemment Curiosity aussi gros qu’une voiture citadine.
Bien d’autres découvertes, expériences et surprises vous attendent. En bref, vous aurez la sensation d’avoir visité la planète rouge !
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