Mariage en impesanteur

Un couple d’Américains s’est récemment marié en impesanteur lors d’un vol zéro-g. Une première qui annonce une tendance de fond pour le marché des sensations spatiales.

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Venus de New-York, Noah Fulmor et Erin Finnegan ont été mariés en impesanteur par Richard Garriott (à droite de la mariée), fils d’astronaute et touriste spatial !
Crédit : Zero-G Corporation

Le 20 juin dernier, un avion de la société Zero-G Corporation s’est envolé d’un petit aérodrome proche de cap Canaveral pour accomplir une fois de plus dans le ciel de Floride sa prestation de sensations spatiales.
L’appareil est un classique Boeing 727 (un tri-réacteur de transport civil) modifié pour accueillir des passagers payants qui souhaitent vivre plusieurs fois de suite une vingtaine de secondes en impesanteur. Pour y parvenir, l’avion grimpe vers 10 km d’altitude incliné à 45°, puis cesse son ascension pour décrire une courbe en forme de cloche et redescendre incliné à 45°. La trajectoire a en fait exactement la forme d’une parabole d’où le terme vol parabolique. Et pendant une vingtaine de secondes, un peu avant et un peu après le sommet de la parabole, les occupants de l’appareil se retrouvent en impesanteur comme des astronautes !

Un mariage médiatisé
Mais ce 20 juin, une partie du 727 de Zero-G Corporation était réservé à un événement spécial : le premier couple à se marier en impesanteur. Bien évidemment, cette première a été relayée par de nombreux médias, mais au-delà de son aspect excentrique, cette union montre que le marché du tourisme spatial entend élargir son offre en devenant une véritable tendance.
Pour mieux comprendre, revenons aux jeunes mariés new-yorkais, Noah Fulmor et Erin Finnegan. Tout d’abord, ils sont quasiment un cas d’école marketing. Ils déclarent ainsi s’être rencontrés dans un club de fans de science-fiction, avoir toujours rêvé de devenir astronautes et même souhaité se marier dans l’espace. Selon les mots mêmes d’Erin Finnegan, le prix d’un voyage en Soyouz vers la Station Spatiale Internationale étant inaccessible (plus de 25 millions de dollars par personne), le vol en impesanteur représentait un «bon compromis».

Erin Finnegan et Noah Fulmor posent devant le 727 de Zero-g Corporation. En effectuant des paraboles, cet avion propose des périodes d’impesanteur d’une vingtaine de secondes.
Crédit : Zero-G Corporation

Si les jeunes mariés ont certes dépensé 16 000 dollars pour réserver une partie du 727 de Zero-G Corporation à leur mariage, ils ont aussi transformé leur union en un gigantesque buzz médiatique. Sur leur site et lors de leurs interviews, ils n’hésitent d’ailleurs pas à mettre en avant les créateurs de mode qui ont participé à cet événement avec notamment Chris Ploof, le concepteur de leurs alliances qui contiennent des petits morceaux de météorites, ou encore la Japonaise Eri Matsui pour la robe de la mariée. Cette dernière inscrit clairement sa démarche de conception de vêtements autour de la thématique spatiale. Et la boucle est bouclée lorsqu’on remarque que l’union fut célébrée par Richard Garriott, le sixième touriste spatial (vol d’une dizaine de jours vers la Station en octobre 2008). Or, Richard Garriott (fils de l’astronaute de la NASA Owen Garriott) avait acheté son voyage sur orbite auprès de la société américaine Space Adventures... propriétaire de Zero-G Corporation !

Un marché en expansion
Space Adventures sait à l’évidence que le nombre potentiel de clients pour les Soyouz russes reste restreint en raison du coût et propose donc cette prestation de vols paraboliques comme «produit d’entrée de gamme». On le voit, une véritable logique marketing se met en place où le prestigieux voyage sur orbite joue le rôle de sommet du catalogue et de locomotive pour toute une économie basée sur le rêve spatial. Un peu comme la version sportive et luxueuse d’une voiture donnée crée une image qui aide à vendre les déclinaisons bien plus raisonnables à l’achat. Alors, justement, quels sont les autres produits plus abordables ? À partir de 2010, ce seront les vols de la compagnie Virgin Galactic qui emporteront des passagers qui flotteront en impesanteur plusieurs minutes, verront la courbure de la Terre et un ciel noir même en plein jour, à l’image des astronautes. Car, même s’il n’y a pas mise sur orbite, les «astronauts wings» (ailes d’astronautes) seront théoriquement décernées aux clients de cette société créée par Richard Branson puisqu’ils auront dépassé les 100 km d’altitude : la limite de l’espace. Il ne fait que peu de doute qu’un jour, un couple très aisé voudra de cette façon à son tour célébrer son union non seulement en impesanteur, mais cette fois-ci en plus dans l’espace. Attention toutefois, le prix du billet atteindra les 200 000 dollars par personne. Petite précision, ce ne sera pas véritablement le premier mariage spatial car, en août 2003, le russe Youri Malenchenko disait très officiellement «oui» par communication radio depuis la Station Spatiale Internationale à sa fiancée restée sur Terre avec 200 invités (l’agence spatiale russe a par la suite formellement interdit à ses cosmonautes de participer ce type de cérémonie).


À gauche : Richard Branson, fondateur de la compagnie Virgin Galactic. À droite : Burt Rutan, le créateur de l’avion spatial qui emmènera des touristes à plus de 100 km d’altitude (la limite de l’espace) en décollant d’un aéroport spécifique en cours de construction au Nouveau-Mexique.
Crédit : Virgin Galactic

Les vols paraboliques constituent la suite de ce catalogue des sensations spatiales avec un prix encore plus attractif de 4 950 dollars par personne pour Zero-G Corporation. En France, les choses bougent sous l’impulsion de l’astronaute Jean-François Clervoy qui, à la tête de Novespace (filiale de l’agence spatiale française CNES), entend prochainement organiser des vols à bord de l’A-300 Zéro-G de cette compagnie qui seront accessibles au grand public. Prix et modalités sont en cours de définition. D’ailleurs, le vol parabolique de la lauréate du concours RTL-CNES lors du Salon du Bourget 2009 (voir cet article) constituait un symbole évident de cette volonté d’ouverture.
Le marché des sensations spatiales au sens large, où la possibilité d’approcher l’espace, existe en fait en puissance depuis de nombreuses années avec par exemple le Visitor Complex du centre spatial Kennedy, la Cité de l’espace à Toulouse ou encore des attractions thématisées espace à l’image de Mission Space au sein du parc Epcot de Disney à Orlando en Floride (réalisée en partenariat avec la NASA).
Le mariage en impesanteur du couple new-yorkais montre aussi que le «label spatial» se ramifie désormais de plus en plus dans des domaines comme celui de la création de bijoux (les alliances), la mode (la robe de mariée) ou tout simplement l’événementiel (leur union n’aurait jamais connu une telle exposition médiatique sinon). Une tendance de fond qui pourrait bien changer radicalement la façon dont le spatial est perçu par le grand public.

Publié le 23 juin 2009

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