Le plan spatial d’Obama
La Maison Blanche vient de détailler le budget qu’elle propose pour l’agence américaine. Celui-ci est en hausse, mais implique une réorientation complète des priorités.
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Sur son site, la NASA présente les orientations présidentielles comme «une nouvelle ère d’innovation et de découverte». En conséquence, il n’y a pas un objectif unique identifié (comme la Lune auparavant), mais un ensemble de projets dont l’ISS, l’observation de la Terre, des sondes d’exploration du système solaire ou encore des initiatives soutenues en faveur de l’éducation comme le montre cette illustration de l’agence. Crédit : NASA |
La confirmation est tombée hier soir alors que l’administration Obama présentait le budget qu’elle entend soumettre au Congrès. Placés sous le signe de la réduction des déficits publics (il est vrai que la dette des États-Unis atteint des proportions jugées inquiétantes par de nombreux analystes), les arbitrages accomplis s’avèrent rudes. Pourtant, la NASA voit son budget augmenter à 19 milliards de dollars pour 2011 au lieu de 18,3 en 2010. Sur 5 ans, ce sont 6 milliards de dollars en plus qui sont planifiés.
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Le programme Constellation, qui devait ramener des astronautes sur la Lune, est abandonné dans le budget proposé par la Maison Blanche. Des sénateurs américains ont fait savoir qu’ils voteraient pour qu’il soit maintenu. Crédit : NASA |
Constellation : No, we can’t...
Élu avec le slogan «Yes, we can» (Oui, nous le pouvons), le plan spatial d’Obama dit un clair «No, we can’t» (Non, nous ne pouvons pas) en ce qui concerne le retour sur la Lune initié par son prédécesseur George W. Bush. Du coup, c’est tout le programme Constellation qui se retrouve sans ressources, signant son arrêt de mort. Les lanceurs Ares I (dont un prototype Ares I-X avait volé en octobre 2009) et Ares V passent à la trappe ainsi que la capsule Orion qui devait prendre le relais des navettes spatiales afin d’envoyer des astronautes américains dans l’espace. Il est estimé qu’arrêter Constellation coûtera 2 milliards de dollars. Une somme qui s’ajoute aux 9 et quelques milliards déjà investis en études, mais aussi en travaux comme la modification de l’un des pas de tir des navettes et d’une tour de lancement ! Ici, Barack Obama et ses conseillers rejoignent le verdict du comité Augustine (qu’ils avaient initié). Ce panel d’experts jugea en effet que la NASA manquait d’argent pour retourner sur la Lune et que l’objectif de 2020 ne pourrait être atteint. Pire, ce retour allait probablement coûter bien plus cher que les 100 milliards de dollars estimés lors de sa mise en route. L’arrêt des navettes en 2010 est confirmé et aucun vol supplémentaire ne doit donc s’ajouter au manifeste actuel. Mais sans capsule Orion et lanceur Ares I pour prendre le relais, comment la NASA enverra-t-elle dans l’espace des astronautes américains ?
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Le lanceur Falcon 9 de la société SpaceX fait partie des initiatives privées sur laquelle la NASA compte appuyer son accès à l’espace pour desservir la Station Spatiale Internationale. Crédit : SpaceX |
Le privé, l’ISS et des objectifs à long terme
Le comité présidé par Norman Augustine (d’où le nom officieux de comité Augustine) souligna fortement le fait que l’envoi d'astronautes pourrait être confié au secteur privé. La NASA achètera donc des places à bord de vaisseaux fabriqués et gérés par des sociétés privées au lieu, comme aujourd’hui, de maîtriser plus largement les vols habités en faisant construire par des industriels les vaisseaux et le matériel nécessaire qu’elle conçoit. L’idée est que la concurrence amènera enfin une réduction des coûts d’accès à l’espace sans pour autant sacrifier la sécurité. L'administrateur de l’agence américaine, Charles Bolden, a même assuré, qu’en tant qu’ancien astronaute (4 vols de navette), la sécurité de ses collègues restera une priorité. Autre espoir : que l’argent investi pour stimuler les initiatives privées et passer les contrats soutienne l’émergence d’une véritable économie privée de l’accès à l’espace y compris habité et apporte ainsi aux États-Unis un leadership d’un nouveau genre.
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Le plan spatial d’Obama prévoit des fonds pour la science spatiale (télescopes sur orbite, sondes d’exploration) et l’observation de la Terre. Le satellite OCO, destiné à l’étude du CO2 et son influence sur le climat, et qui avait été détruit lors de son lancement, sera remplacé. Crédit : NASA |
On notera que ce plan n’identifie pas une destination assortie d’une date, comme la Lune avant la fin de la décennie 1960 de Kennedy ou le retour en 2020 de Bush. L’allocation des lignes budgétaires donne la priorité au développement d’un autre lanceur lourd qu’Ares V (sans plus de spécification) et surtout de technologies alternatives afin de révolutionner le voyage spatial et notamment le domaine de la propulsion. Il est vrai que marcher sur Mars a toujours souffert de la perspective d’un trajet de plusieurs mois et que des solutions actuellement à l’étude (comme le moteur plasmique) permettraient d’envisager le même périple en quelques semaines. Mais la mise au point définitive de ce type de technologie ne se commande pas, même avec des milliards. Pour autant, la Station Spatiale Internationale, elle, bénéficie d’une date plus claire puisque son arrêt en 2016 est repoussé à 2020, le nouveau budget prévoyant les fonds pour que les États-Unis continuent à participer à ce programme. Les astronautes de la NASA emprunteront donc à coup sûr des Soyouz russes pour se rendre là-haut, mais dans la logique annoncée, le secteur privé américain devrait prendre le relais, tout d’abord pour des cargos automatiques puis avec des vaisseaux habités.
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Au centre spatial Kennedy en Floride, le programme Constellation de retour vers la Lune était déjà une réalité avec la modification d’un pas de tir des navettes et l’assemblage de cette tour de lancement pour le lanceur Ares I. Crédit : NASA |
Une bataille au Congrès ?
Cette réorientation profonde des objectifs spatiaux de l’Amérique a reçu son lot de soutien. Très logiquement, plusieurs sociétés privées, dont SpaceX qui doit prochainement tester en Floride une fusée destinée à amener du cargo vers l’ISS, ont salué le plan spatial d’Obama. L’astronaute Buzz Aldrin, pilote du Module Lunaire d’Apollo 11, dit «applaudir le Président», car il espère qu’une montée en puissance de l’initiative privée associée à la recherche de nouvelles technologies permettra «d’envoyer des humains sur Mars et vers d’autres destinations motivantes aussi vite que possible». Toutefois, l’enthousiasme ne fait pas l’unanimité. À la tête de la contestation, on trouve des représentants ou sénateurs élus des États les plus dépendants de la NASA pour leur dynamisme économique comme le Texas ou la Floride. Beaucoup pointent un renoncement inacceptable de leur pays, un recul qui deviendra rapidement irrécupérable. Le sénateur Démocrate de Floride Bill Nelson (qui a effectué une mission de navette en janvier 1986, STS-61C, juste avant la catastrophe de Challenger) souligne que ce budget implique que les emplois perdus par l’arrêt des navettes ne seront pas remplacés assez vite. Et bien qu’il ait activement soutenu la candidature d’Obama, il estime que ce plan «risque la suprématie des États-Unis dans l’espace au profit de la Chine et de la Russie et repose trop fortement sur des compagnies commerciales qui n’ont pas fait leurs preuves». L’opposition est telle que des sénateurs ont déjà annoncé qu’ils se battraient lors du vote du budget au Congrès afin de carrément maintenir le programme Constellation et son retour vers la Lune. L’avenir de la NASA va aussi se jouer dans l’arène politique.
Publié le 2 février 2010