Jason surveille El Niño et La Niña

Eté pourri ou ensoleillé, hiver rigoureux ou clément ? Situés dans le Pacifique, les phénomènes El Niño et La Niña ont leur mot à dire...

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Jason-2
Jason-2 sur orbite (illustration). Associant la NASA, le CNES, EUMETSAT (organisme européen qui gère les satellites météo) et la NOAA (agence américaine chargée de l’étude de l’atmosphère et des océans), ce satellite mesure la hauteur du niveau de la mer.
Crédit : CNES/D. Ducros

On le sait, le climat terrestre est une «machine» aux équilibres délicats qui résultent de paramètres nombreux imbriqués les uns aux autres. Et au sein de ce gigantesque puzzle, la hauteur des eaux du Pacifique au large des côtes du Pérou en Amérique du Sud joue le rôle d’indicateur essentiel.

Chaud et froid sur le Pacifique
Pourquoi la hauteur ? Car elle trahit la température des eaux et, dans cette région du monde, signale de l’intensité d’un épisode El Niño ou La Niña. Récemment, le 11 juin, le satellite franco-américain Jason-2 a constaté une baisse du niveau de l’océan Pacifique sur l’équateur allant jusqu’à 18 centimètres par rapport à la valeur de référence. Du coup, les scientifiques pensent qu’un épisode dit La Niña pourrait succéder à une période El Niño. Il faut savoir qu’en temps normal, un courant marin froid de surface (le courant de Humbolt) remonte de l’Antarctique et longe les côtes du Chili et du Pérou. Avec une température de 7 à 8 °C inférieure à la moyenne des eaux des latitudes traversées et une concentration en gaz carbonique plus élevée, il stimule le développement du plancton, ce qui attire les poissons et favorise la pêche. Selon un cycle mal compris, environ une à deux fois par décennie, un phénomène baptisé El Niño (le petit garçon, mais aussi l’enfant Jésus, car il commence souvent peu après Noël) se caractérise par une interruption du courant froid : l'océan Pacifique est alors plus chaud autour de l’équateur au large des côtes péruviennes et les filets des pêcheurs se vident au point d’entraîner de graves conséquences économiques dans le secteur. Mais ce n’est pas tout.

Jason-2 / La Nina
La hauteur du niveau de la mer mesurée par Jason-2 depuis son orbite à 1.336 km d’altitude. Le vert indique une hauteur conforme au niveau de référence. La couleur rouge pointe des élévations allant jusqu’à 10 cm qui correspondent à des zones où l’eau est plus chaude. Le bleu montre à l’inverse un niveau océanique plus bas (jusqu’à 18 centimètres de moins pour le bleu le plus sombre) et donc des eaux plus froides. La bande bleue centrée sur l’équateur terrestre pourrait indiquer la survenance d’un épisode dit La Niña.
Crédit : NASA/JPL Ocean Surface Topography Team

El Niño et La Niña : un duo qui fait la pluie et le beau temps
Les effets d’un épisode El Niño (qui dure généralement 18 mois) vont bien au-delà de l’activité de la pêche et sont à même de perturber de façon spectaculaire la météo. Tout d’abord, le nord du Pérou connaît des précipitations plus fortes et selon l’adage du malheur des uns qui fait le bonheur des autres, les agriculteurs semblent favorisés. Mais en fonction de son intensité, un El Niño s’avère surtout catastrophique en provoquant des pluies abondantes qui entraînent des inondations aux conséquences dramatiques dans certaines régions tout en amenant à l’inverse la sécheresse ailleurs. Aujourd’hui, les climatologues ont démontré les effets mondiaux de ce phénomène venu de l’océan Pacifique. L’épisode El Niño de 1982-83 a, entre autres, causé des pluies diluviennes en Équateur et au Pérou tout en affectant les vents dominants à l’ouest, déroutant des typhons vers Hawaii et Tahiti, sans oublier une sécheresse exceptionnelle en Afrique australe et en Australie. L’Europe n’échappe pas à l’influence du phénomène. C’est pourquoi l’agence spatiale française, le CNES, s’est associée à la NASA pour lancer le satellite TOPEX-Poseidon en 1992. Doté d’un altimètre radar capable de mesurer la hauteur des océans avec 2 cm de précision, l’un de ses objectifs affichés était la surveillance d’El Niño. L’importance de cette mission est telle que le satellite a été remplacé par Jason-1 et 2 qui réunissent toujours la NASA et le CNES. C’est justement Jason-2 qui a montré le 11 juin la baisse du niveau de l’océan Pacifique sur l’équateur évoquée en début d’article. Un communiqué du JPL de la NASA du 22 juin explique que les scientifiques craignent que cette baisse annonce ce qu’on appelle La Niña (la petite fille en espagnol), en quelque sorte le miroir d’El Niño. Le problème est que cette situation inverse s’apparente plus à une sur-réaction qu’à un retour à la normale où les eaux froides reprennent leur chemin habituel. Dans l’Atlantique, les ouragans risquent de s’intensifier, car il a été noté que les épisodes La Niña de 1988-89, 1995-96 et 1997-98 ont coïncidé avec la survenance de cyclones tropicaux particulièrement puissants et dévastateurs. En Amérique du Nord, l’hiver devrait être plus froid avec de fortes chutes de neige tandis que l’Europe pourrait subir des précipitations plus abondantes, tout comme l’Indonésie. Le Pérou et l‘Équateur vivront au contraire un temps plus sec (comme pour El Niño, cette liste de conséquences est loin d’être exhaustive).
On le voit, mesurer la hauteur des océans depuis l’espace s’avère d’une importance capitale tant elle nous renseigne sur la survenance de phénomènes météorologiques et climatiques aux répercussions mondiales. D’ailleurs Jason-1 et 2 ont d’ores et déjà un successeur annoncé : Jason-3 qui sera lancé en 2013.

Publié le 24 juin 2010

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