James Cameron va filmer Mars en 3D
Le réalisateur d’Avatar espère utiliser une caméra 3D sur le prochain rover martien de la NASA. Un projet initié en 2003.
 |
James Cameron discute avec l’administrateur de la NASA Charles Bolden le 20 janvier 2010. La renaissance d’une caméra 3D capable de filmer Mars en relief était à l’ordre du jour. Crédit : NASA/Bill Ingals |
Le 20 janvier 2010, l’administrateur de la NASA Charles Bolden recevait James Cameron qui venait d’être honoré à Hollywood avec deux Golden Globes pour Avatar (meilleur film dramatique et meilleur réalisateur). Le communiqué de presse de l’agence américaine expliquait alors que les deux hommes avaient discuté éducation et communication auprès du grand public... Tout indique que ce fut aussi l’occasion de faire renaître un projet cher au coeur du réalisateur canadien.
De véritables séquences cinématographiques
Pour comprendre, revenons en 2003. Le prochain rover de la NASA, l’ambitieux MSL (Mars Science Laboratory), est alors en pleins préparatifs et James Cameron travaille avec l’agence afin de mieux faire connaître le spatial grâce aux techniques cinématographiques. Il siégera d’ailleurs un temps au NASA Advisory Council qui réunit plusieurs experts chargés de donner des conseils à l’administration spatiale américaine et envisagera même d’aller tourner (en personne !) un film en 3D dans la Station Spatiale Internationale. Si cette dernière idée n’a pas abouti, celle de filmer Mars en relief avec une véritable approche cinéma à l’aide de caméras placées sur le rover MSL fait son chemin.
 |
Le rover MSL-Curiosity sera plus grand que ses prédécesseurs Spirit et Opportunity. Bardé d’instruments scientifiques, dont certains ont été conçus avec le CNES, l’agence spatiale française, il a pour but de vérifier si la région martienne qu’il explorera a pu abriter la vie autrefois. Crédit : NASA |
James Cameron est du coup sélectionné comme co-investigateur par la firme Malin Space Science System retenue pour construire la MastCam, la caméra de MSL. C’est une première pour un non-scientifique ! La double caméra (il en faut 2 pour le relief) est dotée d’un zoom puissant qui va du très grand-angle au téléobjectif. De plus, elle filme à 10 images par seconde en haute définition (720p pour être exact). Cette capacité de cadrage donne à James Cameron la possibilité de concevoir de véritables séquences et non de simples vues fixes. Malheureusement, en 2007, le programme du rover MSL connaît de sérieux tourments en raison de dépassements budgétaires : de 1,6 milliard de dollars, on est passé à 2,3 milliards de dollars. Le lancement est repoussé à 2011 et les économies demandées ont pour conséquence une simplification de la MastCam qui induit l’abandon des objectifs zoom. Chacune des deux caméras reçoit un objectif fixe avec une focale différente (34 et 100 mm). Ce choix signe la fin des séquences de cinéma en relief 3D sur Mars rêvées par Cameron.
 |
L’emplacement de la double MastCam (flèches) sur MSL. Cette caméra est chargée de réaliser des images à but scientifique, mais aussi pour guider les «pilotes» du rover qui le télécommande depuis la Terre. Dotée d’objectifs zoom, la MastCam peut aussi devenir une véritable caméra de cinéma haute définition. Crédit : NASA/Enjoy Space
|
Rover, caméra 3D et... action !
Mais visiblement, le 20 janvier, le Canadien aux nerfs d’acier (il est réputé pour sa pugnacité au travail) a réussi à convaincre Charles Bolden de ce qu'apporterait sa version de la MastCam en terme de communication pour la NASA. La firme Malin Space Science System qui fabrique la MastCam a certes déjà livré la double caméra à objectifs fixes moins chère, mais elle n’a pas pour autant détruit la première version plus ambitieuse partiellement assemblée. Aujourd’hui, une course contre la montre est engagée afin que MSL (baptisé Curiosity) reçoive la «version Cameron» à temps au mois de décembre prochain. Le lancement n’est prévu qu’en octobre 2011, mais le rover doit passer de nombreux tests en configuration complète avant.
 |
La double MastCam en version à objectifs fixes (34 mm à gauche, 100 mm à droite). Le couteau suisse est placé pour donner une idée de l’échelle. Crédit : Malin Space Science System |
Le surcoût pour la NASA serait d’environ 7 millions de dollars et tous les détails administratifs ne seraient pas encore réglés. Toutefois, Michael Ravine de Malin Space Science System estime que l’agence américaine fait preuve de bonne volonté. Alors, qui sait, au lieu du classique «moteur, caméra et action», James Cameron dira peut-être prochainement «rover, caméra 3D et action !».
Publié le 30 avril 2010