Falcon 9 attend son autorisation... d’autodestruction !
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, avant de faire décoller une fusée, il faut être capable de la détruire...
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La Falcon 9 de SpaceX sur son pas de tir SLC-40 à la Cape Canaveral Air Force Station en Floride. De 1965 à 2005, cette base de lancement a accueilli les décollages des fusées Titan III et IV, et notamment de la sonde Cassini-Huygens vers Saturne en 1997. Crédit : SpaceX |
Sur la Cape Canaveral Air Force Station en Floride, la fusée Falcon 9 de la firme SpaceX, créée par Elon Musk, fortune issue du web, doit prochainement décoller. L’ambition ? Démontrer que ce nouveau lanceur est suffisamment fiable pour prétendre décrocher auprès de la NASA un contrat de vols cargo vers la Station Spatiale Internationale (ISS) et même plus tard d’y amener des astronautes.
Détruire pour protéger
Mais avant de procéder au vol inaugural de sa fusée, SpaceX doit prouver aux militaires chargés de la sécurité du site, ainsi qu’à la FAA (agence gouvernementale américaine de l’aviation qui a autorité sur ce type de lancement civil), que son système d’autodestruction répond à un cahier des charges très strict. Il faut dire que non loin des installations de la Falcon 9 siègent d’autres pas de tir, dont ceux des navettes de la NASA. Sans oublier bien évidemment, la sécurité des populations aux alentours (la côte Atlantique de la Floride est très urbanisée). La firme SpaceX estime que le travail administratif nécessaire va repousser le vol inaugural de Falcon 9 vers la fin du mois de mars.
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La Falcon 9 lors de son arrivée au cap Canaveral en décembre 2009. À droite, on remarque les 9 moteurs (d’où Falcon 9) du premier étage. Ceux-ci fonctionnent grâce à un mélange de kérosène et d’oxygène liquide. Crédit : SpaceX |
Une telle exigence n’est nullement une nouveauté. Lors de leur envol, les lanceurs sont de véritables bombes volantes puisqu’ils sont très logiquement remplis de «carburant». En fait, et pour être plus exact, de carburant et comburant, c’est à dire les deux produits qui alimentent les puissants réacteurs qui propulsent une fusée vers l’espace. Dans le cas de la Falcon 9, le carburant est un kérosène spécifique et le comburant de l’oxygène liquide, soit la même formule que pour le premier étage des Saturn V lunaires de la NASA ou même sur la fusée russe Soyouz. On comprend dès lors que si un lanceur s’écarte de sa trajectoire normale, il représente un danger important pour les installations proches et les populations environnantes en cas de crash. La parade doit être simple : on détruit l’engin en plein vol à l’aide de charges explosives stratégiquement réparties et télécommandées depuis le sol. Pour le centre spatial Kennedy de la NASA et la Cape Canaveral Air Force Station, c’est le 45th Space Wing de l’Air Force qui a autorité et aucune fusée ne peut décoller si ses responsables n’approuvent pas le système d’autodestruction qu’ils seront éventuellement appelés à déclencher. On remarquera que même les navettes spatiales peuvent être détruites, la sécurité des milliers de personnes au sol prenant alors le pas sur celle des astronautes à bord.
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Illustration montrant la capsule Dragon de SpaceX. Lancée sur orbite par la fusée Falcon 9, cette capsule devrait pouvoir desservir l’ISS pour le compte de la NASA. Crédit : SpaceX |
Dans le sillage de la politique d’Obama
Ce «tracas» administratif subi par SpaceX reste donc une procédure normale et d’ailleurs la NASA elle-même doit se soumettre aux exigences des militaires. Ainsi, pour le vol d’essai Ares I-X en octobre 2009, l’agence américaine avait dû attendre le feu vert du 45th Space Wing qui examina avec attention le système d’autodestruction puisqu’il ne s’agissait pas d’un lanceur habituel, mais bel et bien d’un nouvel engin, tout comme le Falcon 9 de SpaceX.
Le vol inaugural de ce dernier sera de toute évidence suivi avec intérêt dans le monde spatial, mais aussi à Washington. N’oublions pas que le budget de la NASA présenté récemment par Barack Obama met fin au programme Constellation et que l’agence américaine doit donc développer des contrats de service avec des firmes privées pour envoyer du cargo vers la Station Spatiale Internationale et même plus tard pour transporter ses astronautes. Le lanceur Falcon 9 emportera d’ailleurs un modèle d’essai à vide de la capsule Dragon. Lors de vols suivants, des versions plus évoluées de Dragon testeront par étapes la capacité de cette capsule à s’amarrer en toute sécurité à la Station. Pour SpaceX, c’est un marché de 1,6 milliard de dollars sur 20 vols cargo inhabités qui est à la clé en cas de succès ! Pour la Maison Blanche, une réussite irait dans le sens de sa nouvelle politique spatiale.
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SpaceX ambitionne de développer une version habitée de sa capsule Dragon. Sur ce dessin, on remarque que 7 places sont même envisagées ! Crédit : SpaceX |
Publié le 25 février 2010