De l’eau sur la Lune
Une équipe franco-américaine vient de démontrer la présence d’eau à la surface de notre satellite naturel.

L’eau sur la Lune, c’est une histoire digne d’un film à suspens. Avant les premières missions lunaires, on n’excluait pas que le précieux liquide puisse se trouver sur notre satellite naturel, par exemple sous forme de glace.
Le pour et le contre se succèdent
Mais les échantillons ramenés par les astronautes d’Apollo sonnèrent pour beaucoup le glas de cette idée. Cependant, avec la mission Clementine (une coopération entre la NASA et le laboratoire de recherche de la marine américaine) en 1994, l’espoir renaît. En effet, les mesures radar de cette sonde peuvent être interprétées comme montrant la présence de glace d’eau aux pôles lunaires. Pourquoi les pôles ? Car il y a là-bas des cratères qui offrent des zones perpétuellement plongées dans l’obscurité, un havre de paix idéal pour de l’eau sous forme de glace... Mais cette théorie est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique et le pour et le contre se succèdent, entretenant une aura de mystère. Ainsi, récemment, certains pointèrent le fait que les données de la sonde japonaise Kaguya (dont la mission s’est achevée en juin 2009) n’étaient guère favorables à l’eau lunaire alors même que la NASA lançait en même temps deux engins robotiques (LCROSS et LRO, voir cet article) chargés de trouver le précieux liquide !
Un demi-litre pour un terrain de football
Surprise supplémentaire, l’eau qui vient d’être trouvée ne l’est pas sous forme de glace, mais à la surface même de notre satellite naturel comme l’a annoncé la NASA lors d’une conférence le 24 septembre. Le premier acte s’est joué avec l’instrument américain Moon Mineralogy Mapper (ou M3, dire M-Cube) hébergé sur la sonde indienne Chandrayaan-1 (lancée en octobre 2008 et qui a cessé d’émettre en août dernier). Il s’agit d’un spectromètre qui analyse la lumière dans le visible et le proche infrarouge. Or les scientifiques voient dans les données qu’ils ont reçues la signature de l’eau... Pour confirmer ces résultats, l’équipe du M3 a demandé au mois de juin 2009 à celle de la sonde EPOXI (une sonde cométaire qui se trouvait alors à 6 millions de km de la Lune) d’effectuer la même mesure. Astronome au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille (OAMP - Observatoire Astronomique de Marseille Provence) et membre de l’équipe d’EPOXI, Olivier Groussin vous explique sur EnjoySpaceTV les tenants et aboutissants de cette étonnante découverte.
Comme précisé dans cette vidéo, l’eau dont il est question provient probablement de l’interaction entre l’hydrogène ionisé H+ (ce qui signifie que l’atome d’hydrogène a perdu son unique électron) véhiculé par les vents solaires et les molécules d’oxygène présentes dans le sol lunaire. Les proportions s’avèrent très faibles : il faudrait traiter l’équivalent en surface d’un terrain de football pour en extraire un demi-litre d’eau ! Notre satellite naturel reste ainsi des plus arides selon nos critères terrestres, mais il serait certainement imprudent de croire la partie définitivement jouée puisque les deux sondes de la NASA LCROSS et LRO n’en sont qu’au début de leur mission. Le 9 octobre prochain, LCROSS procédera d’ailleurs à un double impact sur la Lune près du pôle Sud afin d'y détecter éventuellement de la glace d’eau. Le suspens continue !
Publié le 24 septembre 2009