Crash volontaire sur la Lune

Après presque 2 ans de moisson scientifique, la sonde lunaire japonaise Kaguya marque la fin de sa mission en s’écrasant sur notre satellite naturel.

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Image d’artiste de Kaguya. La sonde était accompagnée de deux microsatellites employés pour réaliser diverses mesures, notamment du champ de gravité de la Lune.
Crédit : JAXA

C’est à 18h25 (UTC - temps universel coordonné), le 10 juin 2009 que Kaguya a percuté la Lune, par 65,5 ° de latitude sud. Ce crash ne résulte nullement d’une erreur de navigation : la manoeuvre était prévue et pourrait même ramener quelques données scientifiques supplémentaires. L'impact a été confirmé le 11 juin par la JAXA (l'agence spatiale japonaise).

De SELENE à Kaguya
Kaguya est un signe supplémentaire de la montée en puissance du programme spatial japonais. Songez qu’en janvier 1990, le pays du Soleil levant envoya une première sonde vers la Lune, Hiten qui ne pesait au décollage que 197 kg... Kaguya, elle, totalisait presque 3 tonnes sur la balance avant son envol le 14 septembre 2007, soit 15 fois plus !
Mais en fait de Kaguya, il faudrait dire SELENE pour SELenological and ENgineering Explorer, nom d’origine de cette mission que l’agence spatiale japonaise JAXA qualifiait alors «de plus importante mission vers la Lune depuis le programme Apollo». Le patronyme Kaguya (déesse lunaire issue du folklore nippon) fut retenu peu de temps avant le lancement et résultait d’un sondage auprès du public. Mais si le nom a changé, les ambitions scientifiques restaient les mêmes avec 15 instruments embarqués (caméras, spectromètres, altimètre laser, etc.) et la volonté de mieux comprendre la formation de la Lune et son évolution. Les données récoltées par Kaguya font encore à l’heure actuelle l’objet d’un intense travail d’interprétation même si de premiers résultats ont déjà été publiés. Ainsi, les scientifiques attachés à la mission estiment que le volcanisme lunaire sur la face cachée est plus récent que ce que l’on pensait. Il se serait figé il y a 2,5 milliards d’années et non voici 3 milliards d’années.

La Lune en haute définition
En complément d’un robuste programme scientifique, intéresser le grand public à la mission n’a pas été oublié. À cette fin, l’agence spatiale japonaise a, en partenariat avec la chaîne de télévision nippone NHK, équipé la sonde d’une caméra haute définition. Les séquences les plus spectaculaires montrent des levers (vidéo ci-dessous) et des couchers de Terre avec l’horizon lunaire en avant-plan.



Ces levers et couchers sont toutefois des illusions. En effet, alors qu’elle orbite autour de la Terre, la Lune tourne sur elle-même de telle façon qu’elle présente toujours la même face à notre planète. Du coup, un astronaute qui observe la Terre depuis la surface de la Lune ne verra jamais la planète bleue se lever et se coucher : elle restera immobile dans le ciel. Si Kaguya filme la Terre en train de se "lever" ou de se "coucher", c’est parce que la sonde se déplace le long de son orbite. Le phénomène est comparable à celui d’un marin en pleine mer qui regarde surgir la terre ferme de l’horizon au fur et à mesure que son bateau avance.

Pourquoi un crash ?
Kaguya tourne autour de la Lune à environ 100 km d’altitude. Une orbite si basse exige de recourir fréquemment à des corrections de trajectoire en utilisant des petits moteurs-fusée. Mais une fois que les réserves de carburant sont épuisées, l’engin devient incontrôlable et finit de toute façon par s’écraser sur la Lune. En revanche, en décidant d’accomplir les dernières manoeuvres nécessaires avant de manquer de carburant, les contrôleurs de Kaguya ont été capables de déterminer avec précision où et quand la sonde a percuté le sol lunaire le 10 juin. Un choc qui s'est traduit par un flash lumineux. Or, en analysant ce bref éclair de lumière avec de puissants télescopes au sol, on peut tenter d’en déduire la composition du sol et du sous-sol à cet endroit : un bonus scientifique qu’il aurait été dommage de ne pas exploiter.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce type de manoeuvre est employé dans ce but. Le 31 juillet 1999, la sonde américaine Lunar Prospector visa un cratère du pôle Sud lunaire (afin d’y détecter la présence d’eau, sans succès). L’européenne Smart-1 percuta à son tour notre satellite naturel le 3 septembre 2006. Plus récemment, la sonde chinoise Chang’e 1 fut précipitée vers un sort semblable le 1er mars 2009. Et la même logique sera remise à l’ordre du jour avec l’américaine LCROSS (Lunar Crater Observation and Sensing Satellite) qui doit s’envoler avec la sonde LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter) le 17 juin prochain. L’impact, lui, doit survenir en octobre.

Une image de la Lune par la caméra HDTV de Kaguya. Retrouvez cette image et d’autres sur ce portfolio Enjoy Space.
Crédit : JAXA/NHK

Publié le 11 juin 2009

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