Le retour spatial de James Cameron semble bien parti pour gagner son pari insensé tout en abordant quelques questions éthiques directement liées à l’astronautique.
Dans Avatar, l’humanité maîtrise le voyage spatial vers des mondes autour d’autres soleils, mais uniquement dans la banlieue proche, en l'occurrence le système d’Alpha Centauri à un peu plus de 4 années-lumière de la Terre. Crédit : Fox
Particulièrement intéressé par l’exploration en général et plus spécifiquement par son volet spatial, ce qui lui a valu d’être un moment conseiller de la NASA (voir cet article Enjoy Space), James Cameron offre aux terriens d’aujourd’hui ce que seuls leurs descendants pourront éventuellement faire dans quelques siècles : visiter une autre planète ! Ceci par la grâce d’une direction artistique inspirée et d’effets spéciaux qui feront date dans l’histoire du cinéma. De plus, le cinéaste aborde quelques questions fondamentales quant aux limites de l’humanité pour l’exploration d’autres mondes.
James Cameron sur le plateau d’Avatar (avec l'actrice Sigourney Weaver). Un temps membre du NASA Advisory Council, le réalisateur canadien a toujours été fasciné par l’exploration spatiale. Crédit : Fox
Démarrage en trombe Douze ans après Titanic, qui avait été annoncé comme une future faillite en raison de son coût de production, le réalisateur canadien au caractère en acier trempé* semble à nouveau parti pour bousculer toutes les règles établies du business sur grand écran comme en témoigne les excellents chiffres du box-office mondial alors qu’Avatar vient à peine de sortir. Ainsi, aux États-Unis, ce film de SF totalise 77 millions de dollars de recettes pour son premier week-end d’exploitation et se place seulement 200 000 dollars derrière le précédent record établi par Je Suis une Légende avec Will Smith. Certains observateurs pointent que le mauvais temps qui règne sur l’Amérique du nord pourrait bien avoir diminué la performance de départ du film et que le succès devrait s’amplifier, celui-ci bénéficiant d’un bouche à oreille très positif, notamment à cause de sa technologie 3D particulièrement efficace et utilisée de main de maître par James Cameron pour les besoins de son histoire. Les producteurs peuvent raisonnablement espérer faire des bénéfices malgré un budget estimé à 250 millions de dollars (bande-annonce ci-dessous).
Une épopée spatiale «plausible» Dans Avatar, l’humanité convoite Pandora, lune d’une géante gazeuse dans le système d’Alpha Centauri. On remarquera que d’emblée le scénario choisit une piste plausible, car les recherches actuelles sur les exoplanètes (les mondes qui tournent autour d’autres étoiles que notre Soleil) ont montré que de nombreuses géantes gazeuses orbitaient proches de leur soleil, contrairement à notre système où elles sont, à l’image de Jupiter ou Saturne, reléguées en dehors de la fameuse zone habitable, zone où l’étoile fournit assez d’énergie pour procurer un climat tempéré et non une fournaise ou une glacière ! Qu’une lune d’une telle géante gazeuse puisse présenter des conditions favorables à la vie a déjà été envisagé par les astronomes : Avatar est donc plus plausible que la moyenne dans ce domaine.
Pandora : ce monde recouvert d’une jungle luxuriante est la lune d’une géante gazeuse. Une hypothèse plausible au regard de ce que l’on sait aujourd’hui sur les exoplanètes. Crédit : Fox
Pour être complet, on notera que les géantes gazeuses génèrent des champs magnétiques intenses en raison même de leur nature. Or, les radiations qui en découlent sont considérées comme mortelles et s’opposent donc à l’éclosion du vivant. Mais un film a droit à quelques licences poétiques et puis on ne sait jamais quelles surprises peut nous réserver l’Univers... Enfin, Alpha Centauri est un système très proche de la Terre (à environ 4 années-lumière) et même s’il reste hors de portée de notre technologie actuelle, il apporte un semblant de crédibilité supplémentaire comme destination potentielle pour un film situé dans le futur. On soulignera que le très sérieux Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics s’est même fendu d’un communiqué de presse pour préciser, nous citons, que «la lune Pandora d’Avatar pourrait être réelle». L’astronome Lisa Kaltenegger explique ainsi que le futur JWST (James Webb Space Telescope) américano-européen sera en mesure de détecter un tel monde et de caractériser la composition de son atmosphère.
Les limites de l’exploration Avatar reste cependant un divertissement et non un documentaire scientifique et on pourra toujours y pointer des inexactitudes scientifiques flagrantes, comme ce minerai mystérieux et supraconducteur qui attise l’appétit des terriens au point que certains sont prêts à exploiter Pandora au mépris de l’équilibre de son écosystème et de ses habitants, les Na’vis, êtres bleutés de 3 m de haut qui s’avèrent être de redoutables guerriers. Une interrogation morale qui fait écho à nos propres préoccupations très actuelles. Toutefois, le film va aussi au-delà de cette fable écologique et pose deux questions éthiques que les milieux de l’astronautique connaissent bien. La plus évidente tout d’abord, maintes fois abordée notamment par Star Trek : avons-nous le droit de nous établir sur un monde déjà habité ? Le non semble de rigueur et peut aller bien plus loin. Nombreux sont les scientifiques qui estiment que si nous découvrons un jour une vie sur Mars, même très simple sous forme microbienne, nous aurons alors le devoir moral de ne plus visiter cette planète afin de ne pas interférer avec un éventuel processus d’évolution capable de mener à l’émergence d’une vie intelligente... D’autres avancent que les échanges entre mondes ont lieu naturellement (on a trouvé sur Terre des météorites qui sont des morceaux venus de Mars) et qu’il n’y a donc pas lieu de freiner l’élan de l’humanité pour de telles raisons. La question d’une vie intelligente, en revanche, se posera plus tard. Avatar évoque enfin la limite même de notre espèce pour l’exploration d’autres mondes puisque les humains ne peuvent pas respirer l’atmosphère de Pandora. Ils utilisent des masques à oxygène ou, pour être plus efficaces, des avatars (dont le titre du film est tiré), soit des créatures artificielles qui mélangent l’ADN humain à celui des natifs et qui sont contrôlées à distance par les hommes ou les femmes désireux d’étudier ce monde... ou infiltrer les autochtones afin de mieux les tromper et voler leurs richesses naturelles, ce qui ne manquera pas de poser un sérieux conflit au personnage principal, Jake Sully. Ci-dessous, un extrait où ce dernier, sous sa forme de Na’vi-avatar est initié au dressage d’animaux ailés sur Pandora.
L’idée développée ici est que l’être humain devra peut-être devenir une autre espèce, un «Homo Spatialus» qui prendrait en main son évolution afin de se transformer en habitant, non plus seulement de la Terre, mais d’autres mondes. Après tout, Robert Goddard (1882-1945), pionnier américain des fusées, écrivit : «Il est difficile de dire ce qui est impossible, car le rêve d’hier est l’espoir d’aujourd’hui et la réalité de demain».
(*) Ceux qui travaillent avec lui portent souvent un T-shirt avec l’inscription «vous ne pouvez pas me faire peur, je travaille pour James Cameron» !
Il n’y a pas si longtemps, les astronomes théorisaient la vie sur pratiquement toutes les planètes du système solaire alors qu’aujourd’hui on envisage parfois la Terre comme l’unique oasis du vivant... ET aurait-il disparu entre temps ?
Depuis quelques années, des entrepreneurs ambitionnent de développer une nouvelle approche du spatial et visent une réduction des coûts de lancement. Le secteur privé révolutionnera-t-il les vols habités ?
Le vaisseau spatial du film de James Cameron est bien moins fantaisiste qu’en apparence et aborde même de façon plausible plusieurs problèmes posés par les voyages interstellaires.