Star Trek et la NASA

45 ans après la diffusion du premier épisode de la célèbre série de science-fiction, les aventures du capitaine Kirk et de ses coéquipiers inspirent plus que jamais l’agence américaine, ses astronautes et son personnel et plus largement les professionnels de l’espace dans le monde entier.

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Voici 45 ans, le 8 septembre 1966, la chaîne NBC diffusa le premier épisode de la série Star Trek, lançant ainsi l’équipage du vaisseau spatial Enterprise (capable de voyager de systèmes stellaires en systèmes stellaires) au sein d’un futur utopiste situé au 23ème siècle empreint d’humanisme et de technologies très avancées.

En phase avec les valeurs du spatial
La série originale Star Trek combine astucieusement tout ce que peut inspirer de plus positif l’essor de l’humanité vers l’espace : une technologie qui a éradiqué la pauvreté, une société pacifiée et égalitaire rassemblant, non seulement tous les peuples de la Terre, mais aussi d’autres civilisations extraterrestres au sein de la Fédération des Planètes Unies (il subsiste toutefois quelques mondes ennemis ou dirigés par des tyrans afin de ménager de quoi écrire des épisodes avec de l’action !). Au-delà de cet aspect «utopie progressiste», l’univers créé par Gene Roddenberry met aussi en exergue le travail d’équipe comme condition indispensable à l’exploration de l’espace. Des thèmes qui séduisent à l’évidence ceux qui travaillent dans le spatial. Dans la vidéo de l’agence spatiale française CNES ci-dessous, l’astronaute Jean-François Clervoy parle de Star Trek et de son attachement à cette série.



Un premier essai rejeté !
Pour mieux comprendre pourquoi Star Trek est en phase avec les valeurs du spatial, revenons à la genèse de la série. Une genèse difficile. En effet, le «pilote» (sorte de téléfilm destiné à tester le concept) en deux parties intitulé «The Cage» est rejeté par la chaîne de télévision NBC. Néanmoins, les idées de l’auteur Gene Roddenberry (1921-1991), un ancien de l’Air Force et de la police de Los Angeles devenu scénariste, sont jugées prometteuses par la chaîne. C’est ainsi qu’après quelques ajustements est donné le feu vert à la série dite originale avec ses emblématiques héros que sont James Kirk, le courageux et altruiste (mais aussi assez bagarreur) capitaine de l’Enterprise, l’officier scientifique Spock mi-vulcain et mi-homme (sans cesse tiraillé entre sa condition humaine et son héritage vulcain où seule la raison doit dicter les actions) et le docteur Leonard McCoy au caractère soupe au lait mais ami fidèle, même si ses relations avec Spock s’avèrent plus conflictuelles. Ci-dessous le générique de la série avec la fameuse phrase : «Espace, frontière de l'infini vers laquelle voyage notre vaisseau spatial, l'Enterprise. Sa mission de cinq ans : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations et, au mépris du danger, aller là où aucun homme n’est allé auparavant.»



Une série porteuse d’idées humanistes et progressistes
Malgré certaines réticences de NBC, Gene Roddenberry parvient à placer des thèmes éminents progressistes, surtout pour l’époque. Qu’on en juge, nous sommes alors en 1966 en pleine course à l’espace avec l’affrontement des États-Unis et de l’Union Soviétique pour atteindre en premier la Lune. Pourtant, Star Trek n’hésite pas à inclure un russe dans l’équipage (l’enseigne Pavel Chekov) ! En fait, c’est un monde uni qui est présenté et Gene Roddenberry enfonce le clou avec le lieutenant Sulu d’origine japonaise et l’officier des communications Uhura. Qu’une telle responsabilité puisse être confiée à une femme, afro-américaine de surcroît, souligne à quel point Gene Roddenberry souhaitait bousculer les conventions des années 1960. De plus, un épisode se distingue avec le premier baiser entre un blanc (Kirk) et une noire (Uhura) à la télé américaine, lors de la troisième et dernière saison en 1968 : et même si les scénaristes avaient prévu une astuce afin d’amoindrir la portée de cette audace (ils s’embrassent car ils sont sous le contrôle mental d’une race extraterrestre), la scène bouleversait les préjugés de l’époque comme le rappelle l’actrice Nichelle Nichols, qui interprète Uhura, dans l’interview vidéo ci-dessous.



Le succès n’est pas immédiat
En dépit de ces aspects novateurs, de la volonté d’alterner épisodes aventureux, plus intimistes voire parfois humoristiques, tout en abordant des thèmes de société, la série n'atteint pas les chiffres d’audience attendus et s’arrête au grand regret des fans de la première heure en 1969, lors de la troisième saison. En fait, le succès populaire se construit plus tard avec les rediffusions de la série sur des chaînes de télévision locales (principe dit de la Syndication aux USA). Star Trek acquiert alors un statut culte et des suites sont par la suite produites avec tout d’abord une série de dessins animés (1973-1974), puis quatre nouvelles séries avec des acteurs : The Next Generation (1987-1994), Deep Space Nine (1993-1999), Voyager (1995-2001) et Enterprise (2001-2005) sans oublier les adaptations au cinéma (11 en tout).

Une navette clin d’œil à Star Trek
Dans l’interview vidéo au début de ce dossier, l’astronaute Jean-François Clervoy évoquait son collègue américain John Grunsfeld, également fan de Star Trek, et comment tous deux ont utilisé des termes issus de la série pour communiquer, même lors de travaux délicats sur orbite. Une anecdote qui montre à quel point les péripéties de Kirk et ses amis constituent une référence en phase avec la culture des professionnels de l’espace. Et logiquement, le personnel de la NASA et de ses prestataires industriels compte beaucoup de fans... même s’il a parfois fallu un peu forcer la main de l’agence américaine, du moins au début. Pour comprendre, revenons en 1976, lorsque la première navette doit sortir des ateliers de son constructeur à Palmdale en Californie. Le nom envisagé est Constitution puisqu’il doit être officiellement annoncé le 17 septembre 1976, jour anniversaire de la signature de la constitution des États-Unis en 1787. Mais les fans de Star Trek organisent une campagne en envoyant des lettres au locataire de la Maison Blanche d’alors, le président Gerald Ford, afin que le nouveau vaisseau spatial américain porte le nom d’Enterprise en hommage au croiseur interstellaire de la série culte.

Le créateur de Star Trek et les acteurs principaux de la série découvrent la navette Enterprise en 1976. De gauche à droite : James Fletcher (administrateur de la NASA à l’époque), DeForrest Kelley (Dr McCoy), George Takei (Mr Sulu), Nichelle Nichols (lieutenant Uhura), Leonard Nimoy (le Vulcain Spock), Gene Roddenberry (créateur de Star Trek), un officiel et Walter Koenig (Pavel Chekov).
Crédit : NASA

Et ça marche ! Officiellement toutefois, le président a précisé à la NASA qu’il était en faveur de ce nom, non pas en raison de la démarche des «trekkies» (les fans de Star Trek), mais parce qu’il avait servi pendant la deuxième guerre mondiale sur le porte-avion USS Enterprise... L’agence américaine décide alors d’exploiter cette obligation à son avantage pour sa communication grand public et invite Gene Roddenberry et les acteurs principaux de la série à la présentation d’Enterprise. Ironie de l’histoire, cette navette n’est jamais allée dans l’espace, servant à réaliser les essais de la phase finale de retour en vol plané qu’accompliront les futures navettes après avoir quitté l’orbite terrestre.


Clins d’œil et références directes se multiplient
L’astuce de communication se révèle au final payante, et ce d’autant plus que les rediffusions de Star Trek augmentent sans cesse la base de fans. En 1979, 3 ans après la présentation de la navette Enterprise, la série originale connaît sa première adaptation sur grand écran. Les héros de celle-ci reprennent du service afin d’intercepter un gigantesque vaisseau extraterrestre qui menace la Terre et qui s’avère être commandé par l’énigmatique V’Ger. Ci-dessous, la bande-annonce.



Surprise finale, on apprend que V’Ger n’est autre que la sonde perdue Voyager 6 (avec le temps, les lettres «oya» et le chiffre 6 ont été effacés) envoyée par les Terriens à la fin du 20ème siècle et qui se retrouva récupérée par une civilisation de machines pensantes qui lui donna les moyens de rechercher son «créateur», à savoir les humains ! La sonde fictionnelle Voyager 6 est bien évidemment une référence aux sondes Voyager de la NASA.
Surfant sur le phénomène culturel qu’est devenu Star Trek, l’agence américaine n’hésite d’ailleurs plus à faire appel plus ou moins directement à ce futur fictionnel qui lui permet d’intéresser le grand public. À tel point que dresser la liste exhaustive des clins d’œil de la NASA à Kirk et ses successeurs est pratiquement impossible. Voici cependant quelques exemples, pas forcément en ordre chronologique.
Savez-vous ainsi que des astronautes de la NASA ont joué un petit rôle dans Star Trek ? C’était en 2005 pour l’un des ultimes épisodes la série Enterprise (la dernière née de l’univers Star Trek à ce jour côté télévision).

Les astronautes Terry Virts (à gauche) et Mike Fincke (à droite) en costume avec l’acteur Scott Bakula qui incarne le capitaine Archer dans la série Star Trek Enterprise qui relate les expéditions du premier vaisseau terrien capable d’atteindre la «distortion 5», soit 214 fois la vitesse de la lumière. Le tout se déroule 100 ans avant les aventures de Kirk et ses compagnons de la série originale. L’Enterprise dont il est question est un vaisseau immatriculé NX-01, soit un prédécesseur du NCC-1701 du capitaine Kirk.
Crédit : NASA

L’acteur Scott Bakula, fut aussi sollicité par l’agence afin de présenter (en reprenant son rôle de capitaine Archer) les enjeux du retour en vol après la tragédie de la navette Columbia. En cliquant sur la capture d’écran ci-dessus, vous accédez au site conçu alors (il s’agit d’une animation Flash).
Crédit : NASA

Les posters des équipages sont souvent l’occasion pour les astronautes de s’inspirer d’affiches de films donc de Star Trek s’ils le souhaitent. À ce titre, la mission STS-134 d’Endeavour (avant-dernier vol d’une navette) est un véritable cas d’école et imite le design général de l’affiche du film Star Trek de J. J. Abrams sorti en 2009 (voir ci-dessous).

Pour son poster de mission, l’équipage de STS-134 pose de façon à reproduire le style graphique de l’affiche du Star Trek de 2009.
Crédit : NASA/Paramount/Enjoy Space

Ce remake de 2009 reprend les personnages principaux de la série originale (Kirk, McCoy, Spock, Uhura, etc.) avec des acteurs différents et les place sur une trame scénaristique alternative par la grâce d’un paradoxe temporel. Les effets spéciaux, particulièrement réussis, emploient même pour une séquence des images de Saturne réalisées par la sonde Cassini (mission qui associe la NASA, l’Agence Spatiale Européenne et l’Agence Spatiale Italienne).

L’Enterprise du Star Trek de 2009 sort des brumes de la lune Titan avec Saturne en arrière-plan. L’image de la planète vient directement des clichés accomplis par la sonde Cassini. Pour en savoir plus, lire cet article Enjoy Space.
Crédit : Paramount

Si le capitaine Kirk millésime 2009 est incarné avec conviction par l’acteur Chris Pine, le Canadien William Shatner de la série originale reste une référence incontournable. L’agence américaine a d’ailleurs sollicité ce dernier pour enregistrer un message envoyé à l’équipage de la navette Discovery lors de son ultime mission, STS-133, en mars 2011. Vous pouvez écouter ce «Wake-up Call» (musique diffusée par Houston par radio pour réveiller les astronautes) inhabituel avec la vidéo hommage ci-dessous.



Le texte dit par William Shatner, avec reprise de la célèbre mélodie Star Trek d’Alexander Courage, modifie légèrement celui de présentation de la série pour devenir : «Espace, frontière de l'infini vers laquelle voyageait la navette spatiale Discovery. Sa mission de 30 ans : découvrir de nouvelles approches scientifiques. Construire de nouveaux avant-postes. Rassembler les nations autour de la dernière frontière. Et au mépris du danger, avancer et faire ce qu’aucun autre vaisseau spatial n’a fait auparavant». La doyenne des navettes de la NASA, l’engin spatial habité qui cumule le plus de missions sur orbite avec un total de 39, méritait bien cet hommage exceptionnel ! William Shatner coopérera à nouveau avec la NASA quelques semaines plus tard pour enregistrer le commentaire d’un documentaire de l’agence sur l’ensemble du programme navette. Vous pouvez le voir ci-dessous.



Les liens artistiques entre Star Trek et la NASA sont parfois très serrés. Ainsi, l’artiste designer Michael Okuda a reçu la médaille de l’agence dite «NASA Exceptional Public Service Medal» pour sa contribution au programme spatial. Il a en effet conçu plusieurs visuels comme les logos et emblèmes du projet Constellation ou encore celui de la mission STS-125, la dernière où une navette est allée entretenir le télescope spatial Hubble. Okuda a longuement travaillé sur 5 séries Star Trek et 6 adaptations au cinéma.

L’artiste Michael Okuda (au centre, veste noire) lorsqu’il a reçu la NASA Exceptional Public Service Medal. Il tient l’emblème de la mission STS-125 avec à ses côtés (polo orange) l’astronaute John Grunsfeld.
Crédit : NASA

Avec l’Expédition 21 de la Station Spatiale Internationale, commandée par l’astronaute de l’Agence Spatiale Européenne Frank De Winne, la référence à Star Trek atteint un sommet avec le poster ci-dessous. Regardez bien, tout y est : un vaisseau de SF en ombre derrière la Station et les astronautes en costumes de la série qui, de surcroît, posent avec des attitudes dignes d’acteurs.



Pour la petite histoire, l’idée est née du fait que le Belge Frank De Winne allait alors devenir le premier Européen à commander l’ISS (et même à commander un vaisseau spatial). Or, la série Star Trek: The Next Generation montre le commandant Jean-Luc Picard, un Français donc un Européen, aux commandes de l’Enterprise-D. Le lien européen était dès lors inévitable ! En associant Russes, Américains, Japonais, Canadiens et Européens, l’ISS peut aussi être vue comme un premier pas vers la concrétisation du rêve d’une planète Terre unie de Gene Roddenberry.

Les acteurs de Star Trek participent de temps à autre à des opérations de communication de la NASA. Ici, George Takei (de dos, Sulu dans la série originale) visite le centre Goddard et adresse le salut Vulcain à un technicien qui le prend en photo.
Crédit : NASA/Bill Hrybyk

Parfois, les allusions sont moins soulignées et même non-officiellement reconnues par l’agence. En restant à bord de l’ISS on y trouve un exemple flagrant : le hublot d’observation du laboratoire américain Destiny appelé Windows Observationnal Research Facility ou WORF. Or Worf est le nom d’un personnage important de la série Star Trek: The Next Generation...

Jeff Williams prend des photos de la Terre à travers le hublot WORF du laboratoire Destiny de l’ISS.
Crédit : NASA

Star Trek évoqué au niveau ministériel !
Parvenus à la fin de ce dossier, il est convient de noter que bien que né aux États-Unis, le phénomène culturel Star Trek n’est pas pour autant cantoné à son pays d’origine. Nous avons déjà vu plus haut que Frank De Winne, commandant européen de l’Expédition 21 de l’ISS, a choisi un poster d’équipage lié à cet univers fictionnel. L’astronaute n’a de surcroît pas hésité à faire référence aux valeurs véhiculées par la série dans l’introduction qu’il a rédigée pour le très officiel «Report of the results of the Technical Steering Group for the preparation of the Second International Conference on Space Exploration at Ministerial Level» (Rapport des résultats du groupe de pilotage technique pour la préparation de la deuxième Conférence internationale sur l'Exploration Spatiale au niveau ministériel) en septembre 2010. Et le niveau ministériel dont il est question est celui du niveau ministériel européen et international ! Dans un texte inspiré, Frank De Winne rappelle donc le message de la série : «Star Trek: The Next Generation se centre sur la découverte et les valeurs humaines. Celles-ci concernent la liberté, l’égalité, la justice, la diplomatie et la coopération entre les sociétés qui sont membres de la Fédération des Planètes Unies». Il met ainsi en avant les «bénéfices pour les citoyens des sociétés qui choisissent d’explorer et qui choisissent le progrès» et défend la nécessité d’un programme spatial européen ambitieux. Il conclut par les mots suivants : «Le voyage ne fait que commencer. Et je ne peux pas mieux le dire que le premier capitaine européen du vaisseau interstellaire Enterprise, le grand Jean-Luc Picard : Allons voir ce qu’il y a là-bas. En avant». Ce sera aussi la conclusion de ce dossier !


Publié le 9 septembre 2011

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