Retourner sur la Lune pour reprendre là où Apollo s’était arrêté bien trop tôt. Telle était l’ambition du programme Constellation en passe de devenir une page de l’histoire de la NASA avant même d’avoir atteint son but.
De George W. Bush à Barack Obama, le programme Constellation n'aura au bout du compte que très rarement suscité l'indifférence. Crédit : NASA/Enjoy Space
Retourner sur la Lune ! L’idée n’est pas née en 2004 lors de l’annonce du président des États-Unis d’alors, George W. Bush. Alors que le programme Apollo se terminait dans les années 1970, la NASA fourmillait déjà de projets afin de revenir vers notre satellite naturel.
L’annonce de 2004 Mais à cette époque, les décideurs politiques estiment que le programme lunaire de la NASA a réalisé l’essentiel, à savoir battre l’Union Soviétique dans la course à la suprématie spatiale. Toutefois, même si l’agence américaine se concentre sur la navette spatiale, censée baisser le coût de l’accès à l’espace, l’espoir d’envoyer à nouveau des astronautes sur la Lune puis de se diriger vers Mars subsiste et régulièrement des études plus ou moins poussées se font jour. Mais aucune ne se transforme en programme concret... Tout va changer avec la tragédie de Columbia le 1er février 2003 quand 7 astronautes (6 Américains et 1 Israélien) meurent dans cette navette qui se désagrège à son retour sur Terre.
14 janvier 2004 : le président des États-Unis de l’époque, George W. Bush, lance officiellement le retour sur la Lune. Crédit : White House
L’actuel administrateur de la NASA, Sean O’Keefe, comprend que l’agence a besoin d’un but, d’une destination claire, et il donne le feu vert à une refonte totale du programme de vols habités. Cette refonte est entérinée officiellement le 14 janvier 2004 sous le vocable Vision for Space Exploration par le président George W. Bush lors d’un discours qui se tient très symboliquement dans le quartier général de la NASA à Washington en présence notamment de Gene Cernan, commandant de la mission Apollo 17 et dernier homme à avoir marché sur la Lune en décembre 1972.
Constellation sur les rails Considéré au départ comme une diversion politique d’un président empêtré dans une guerre en Afghanistan et en Irak, ce retour vers la Lune fixé à l’horizon 2020 prend pourtant forme au sein de l’agence américaine. En 2005, Sean O’Keefe cède sa place à un nouvel administrateur, Michael Griffin, qui se caractérise par une solide formation et carrière d’ingénieur. Sous son impulsion, l’architecture nécessaire au retour se précise et se voit baptisée Constellation. Elle comprend deux fusées, Ares I et Ares V chargées respectivement de placer sur orbite une capsule habitée (Orion) et le module lunaire Altaïr avec un étage de propulsion capable d’envoyer le tout vers la Lune. La vidéo ci-dessous explique le scénario de mission retenu.
Dès sa présentation aux médias, Constellation reçoit un accueil mitigé. Alors que certains s’enthousiasment à l’idée d’une nouvelle ère d’exploration au-delà de l’orbite basse terrestre, d’autres trouvent peu d’intérêt à un Apollo-bis jugé peu innovant. Une impression renforcée par le fait que Michael Griffin emploie le terme de «Apollo on steroids» (Apollo survitaminé) et souligne le fait que les lois de la physique n’ont pas changé depuis. Sous-entendu, la meilleure façon d’aller sur la Lune reste la même d’où la ressemblance avec ce qui a déjà été fait... Pourtant, ce retour sur notre satellite naturel doit apporter de nombreuses améliorations par rapport aux missions des pionniers d’Apollo. Tout d’abord, les zones polaires de la Lune seront désormais accessibles. La flexibilité opérationnelle et les progrès techniques permettent d’envisager des séjours plus longs, donc plus fructueux sur le plan scientifique. Après tout, notre satellite naturel reste mal connu comme l’a montré la découverte d’eau récemment. La NASA travaille même sur une base près du pôle sud lunaire afin d’établir un poste d’exploration et aussi pour tester les solutions qui seront utilisées plus tard pour viser Mars. L’agence développe des matériels et des outils au rang desquels on remarque un étonnant rover, véritable maison sur roue, qui apportera une mobilité inédite et augmentera de façon spectaculaire le rayon d’action des astronautes (voir la vidéo Enjoy Space ci-dessous).
Ares I, le lanceur qu’on aime haïr À plus court terme, priorité est donnée au développement de la capsule Orion et de son lanceur, la fusée Ares I. Pour la NASA il s’agit en quelque sorte de faire d’une pierre deux coups. En effet, si Ares I et Orion font partie de l’architecture lunaire (voir plus haut), ce couple peut aussi desservir la Station Spatiale Internationale et ainsi remplacer la navette spatiale (sans la capacité cargo de la soute toutefois).
Lancée par Ares I, la capsule Orion devait aussi aller vers la Station Spatiale Internationale afin de redonner, mais plusieurs années après l’arrêt des navettes, une autonomie à l’Amérique en matière de vols habités. Crédit : NASA
Très vite pourtant, Ares I va subir des critiques sévères. De nombreux observateurs jugent le lanceur totalement inadapté à ses futures missions, voire carrément dangereux pour les astronautes ! On pointe les cures d’amaigrissement à répétition de la capsule Orion, qui trahiraient un manque de puissance chronique d’Ares I, ou les vibrations excessives entraînées par le premier étage basé sur les fusées d’appoint latérales des navettes. Décidément, Ares I est une fusée qu’on aime haïr tant elle cristallise toutes les critiques, qu’il s’agisse de fustiger l’agence américaine ou plus largement de contester le principe même des vols habités... La NASA, elle, continue la mise en route de Constellation et franchit même des étapes décisives en testant plusieurs systèmes. Au centre spatial Kennedy, un des deux pas de tir des navettes, le 39B, est modifié afin d’accueillir les futures Ares I. En dépit des difficultés rencontrées, le retour sur la Lune suscite l’intérêt d’autres agences spatiales qui espèrent une ère d’exploration placée sous le signe de la coopération là où Apollo était la conséquence d’un affrontement géopolitique. Dans la vidéo Enjoy Space ci-dessous, l’astronaute français Jean-Jacques Favier explique l’aspect potentiellement international et scientifique des missions envisagées par le programme Constellation.
La fin du rêve ? L’argent est le nerf de la guerre. Un adage bien connu qui s’applique aussi à l'exploration spatiale. Le programme Constellation souffre certes de difficultés techniques, mais aussi de ressources insuffisantes. Après son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2009, Barack Obama initie un comité chargé d’examiner l’état des vols habités de son pays. Le panel d’experts réuni est surnommé Comité Augustine du nom de son président, Norman Augustine. Lors des audiences publiques de ce comité, beaucoup attaquent Constellation et plus particulièrement la fusée Ares I. Lorsque le comité rend son rapport le 22 octobre 2009, c’est pourtant la surprise car les experts estiment que la NASA peut venir à bout des problèmes techniques rencontrés avec Ares I, prenant le contre-pied des avis les plus virulents. Cependant, le même rapport souligne que l’ensemble du programme Constellation a pris trop de retard et que l’argent manquera encore plus à l’avenir. En clair, la capsule Orion et Ares I ne seront pas prêt avant 2016, année où les États-Unis ont prévu de se désengager de la Station Spatiale Internationale. Pire, le retour sur la Lune se verrait forcément repoussé à l’horizon 2030 et l’enveloppe initiale de 100 milliards de dollars sur une quinzaine d’années largement dépassée...
28 octobre 2009 : Ares I-X s’envole pour un vol d’essai jugé satisfaisant par la NASA. L’avenir de Constellation était déjà très incertain à l’époque. Crédit : NASA/Scott Andrews
Quelques jours plus tard, le 28 octobre 2009, la fusée Ares I-X, un prototype partiel d’Ares I, s’envole du pas de tir modifié 39B du centre spatial Kennedy en Floride. L’élément le plus visible du programme Constellation accomplit un vol d’essai jugé satisfaisant par la NASA, mais quelques mois plus tard, le 1er février 2010, le président Barack Obama présente un budget qui réoriente les priorités de l’agence américaine et met fin au retour vers la Lune. Pour tous ceux qui ont travaillé sur Constellation, le coup est dur et bien qu’il soit en total accord avec la décision du président, le nouvel administrateur de la NASA Charles Bolden (nommé en juillet 2009), déclare : «c’est comme un décès au sein de la famille». Pour lui, l’arrêt du programme va permettre à l’agence de développer une approche du spatial différente tournée vers l’avenir. Constellation garde toutefois ses partisans et un employé de la NASA a même réalisé une vidéo qui résume tout ce qui a été accompli au nom du retour sur la Lune. Le ton est volontairement émouvant et engagé.
Constellation est-il déjà de l’histoire ancienne ? La décision de la Maison Blanche apparaît ferme malgré l’opposition vive de certains sénateurs qui prévoient de se battre au Congrès pour que soit rétabli ce programme. Un programme qui n’aura au bout du compte que très rarement suscité l’indifférence. Publié le 4 février 2010
Le vaisseau spatial du film de James Cameron est bien moins fantaisiste qu’en apparence et aborde même de façon plausible plusieurs problèmes posés par les voyages interstellaires.
Retourner sur la Lune pour reprendre là où Apollo s’était arrêté bien trop tôt. Telle était l’ambition du programme Constellation en passe de devenir une page de l’histoire de la NASA avant même d’avoir atteint son but.