Croyez-le ou non, mais le Père Noël n’oublie pas les astronautes malgré le manque évident de cheminée...
L’Expédition 22 actuellement à bord de l’ISS n’oublie pas Noël et la Saint-Sylvestre. Lors d’une liaison vidéo avec des officiels des agences spatiales le 23 décembre dernier, Oleg Kotov, T.J. Creamer, Jeffrey Williams, Soichi Nogichi et Maxim Suraev avaient revêtu des chapeaux festifs ! Crédit : NASA
Note : ce texte a été tout d'abord publié en tant qu'article d'actualité. Il a été déplacé en tant que Dossier afin d'en faciliter la lecture sur une plus longue période.
Fêter Noël ou le passage à la nouvelle année lors d’une mission spatiale ? Voilà qui peut sembler décalé. Pourtant, les astronautes célèbrent bel et bien les fêtes de fin d’année sur orbite, bien évidemment pendant les périodes de repos. De plus, de tels moments de détente autour d’une valeur commune ont des effets bénéfiques sur la cohésion des équipages. Le Noël d’Apollo 8 Le Noël sur orbite le plus inhabituel est très probablement celui de la mission Apollo 8. Ne serait-ce que parce qu’il s’est déroulé sur orbite... lunaire ! Nous sommes alors en décembre 1968 et en pleine course à la Lune. Les services secrets de l’Oncle Sam craignent que les Soviétiques puissent coiffer sur le poteau la NASA en raison de la préparation de la fusée N1, comparable à la Saturn V américaine. Apollo 8 a donc pour objectif d’envoyer 3 astronautes tourner plusieurs fois autour de la Lune au plus vite sans se poser. De fait, le commandant Frank Borman et ses collègues James Lovell et Williams Anders arrivent à destination le 24 décembre. Pour confirmer non sans humour la réussite de la manoeuvre, James Lovell signale par radio à Houston «qu’il y a un Père Noël». Puis, un peu plus tard, lors d’un direct télévisé, les trois hommes lisent un chapitre de la Genèse avant que le commandant n’adresse les voeux de l’équipage à tous les habitants de la Terre. Il ne fait aucun doute que Borman, Lovell et Anders pensent qu’une telle lecture est adaptée à la date du 24 décembre et que le passage choisi (la création du cosmos) reste suffisamment consensuel pour ne froisser personne. Pourtant, une militante athée américaine fera un procès retentissant à la NASA, car elle estime que l’agence gouvernementale a violé la constitution en favorisant une religion particulière au prétexte que la Genèse est tirée de la Bible. Elle sera toutefois déboutée par la Cour Suprême des États-Unis. Ci-dessous, la lecture du texte de la Genèse par l’équipage d’Apollo 8.
Célébrations et secrets Avec les vols de longue durée à bord de stations orbitales, les missions habitées couvrent de plus en plus les périodes de fin d’année. Au départ, c’est l’improvisation qui règne, à l’image d’un sapin confectionné en 1973 par le troisième équipage de la station américaine Skylab à l’aide de boîtes de conserve alimentaires.
Le sapin de Skylab, bricolé par les astronautes Gerald Carr, William Pogue et Ed Gibson en décembre 1973. Crédit : NASA
Pour les navettes, on évite cette période, mais parfois il est impossible de faire autrement ! Ainsi, en 1999, le télescope spatial Hubble s’avère en danger, car ses gyroscopes tombent en panne les uns après les autres. Le risque ? Perdre le contrôle du précieux observatoire orbital, ce qui équivaudrait à perdre les milliards de dollars investis dans le programme. La NASA organise alors en urgence le vol de navette STS-103. Discovery décolle le 20 décembre vers le télescope meurtri avec à son bord 7 astronautes dont le Français Jean-François Clervoy et le Suisse Claude Nicollier, tous deux de l’Agence Spatiale Européenne. Les objectifs de la mission ayant été remplis avec succès, les 7 hommes peuvent, avec la bénédiction du sol fêter Noël là-haut. Claude Nicollier a ainsi prévu une bonne ration de chocolats suisses, histoire d’honorer son pays. Enjoy Space a contacté Jean-François Clervoy au sujet de ce Noël spatial. Il nous a précisé que le repas de Noël comprenait aussi du foie gras de canard sur tortillas mexicaines, du cassoulet et un petit salé aux lentilles.
L'équipage de la mission de navette STS-103 célèbre Noël dans l’espace. En haut et de gauche à droite : les Américains Steven Smith, Michael Foale et Curtis Brown (commandant), et le Français Jean-François Clervoy. En bas et de gauche à droite : le Suisse Claude Nicollier et les Américains Scott Kelly et John Grunsfeld. Crédit : NASA
L’astronaute garde d’ailleurs un excellent souvenir de ce réveillon, mais aussi un enseignement pour notre futur : «Noël dans l'espace, c'est l'occasion de méditer sur le cycle de la vie et des naissances. Dans notre vaisseau spatial, nous sommes comme des graines envoyées dans l'espace pour ensemencer les générations futures qui exploreront toujours plus loin au fin fond du cosmos comme de celui des océans pour chercher les réponses à notre avenir». Jean-François Clervoy nous a aussi confié que le Père Noël était venu leur rendre visite, «entré par on ne sait quelle ouverture, personne n'a jamais su qui il était — secret d'équipage». Une façon pour les astronautes de conserver une dimension intime à ce Noël orbital. Vous pouvez retrouver d’autres anecdotes dans l’excellent ouvrage de Jean-François Clervoy intitulé «Histoire(s) d’Espace» (voir cet article Enjoy Space).
Pas de Nouvel An spatial pour la navette Cependant, l’avion spatial américain est interdit de Nouvel An orbital. Les ingénieurs préfèrent en effet que les navettes soient au sol lorsque le chiffre de l’année change dans leurs ordinateurs de bord... Il n’a certes jamais été prouvé que ce passage pourrait perturber les calculateurs, mais il est après tout inutile de tenter le diable. Pour la mission STS-103, s’ajoutaient de surcroît les craintes liées au bug de l’an 2000. La navette Discovery se posa donc le 28 décembre 1999.
Les Américains Michael Fincke et Sandra Magnus, et le Russe Youri Lonchakov de l’Expédition 18 en 2008 montrent les emballages de nourriture déshydratée spécialement conçue pour leur permettre de cuisiner des plats adaptés aux célébrations de Noël et du Nouvel An. Crédit : NASA
Le réveillon de la Saint Sylvestre, et un peu avant celui de Noël, est en revanche une tradition bien établie à bord de la Station Spatiale Internationale. Des accessoires spécifiques sont même prévus comme un petit sapin, des guirlandes, des chapeaux ou encore des chaussettes pour recueillir les cadeaux. Une nourriture festive s’impose et des menus moins diététiques que d’habitude (le régime des astronautes est très surveillé pour des raisons médicales) sont à l’ordre du jour. On retrouve ainsi les tortillas mexicaines évoquées par Jean-François Clervoy pour STS-103. Ne croyez pas que les hommes et femmes de l’espace s’amusent dans ce cas précis à transgresser les recettes traditionnelles. En fait, la tortilla est choisie car elle produit considérablement moins de miettes que du pain. Or, en impesanteur, de tels débris s’éparpilleraient vite au sein de l’habitacle et, s’ils étaient inhalés par inadvertance, pourraient provoquer des problèmes respiratoires... On le voit, là-haut, la réussite de la mission et la sécurité des astronautes restent prioritaires jusque dans les plus petits détails, fussent-ils culinaires.
Le vaisseau spatial du film de James Cameron est bien moins fantaisiste qu’en apparence et aborde même de façon plausible plusieurs problèmes posés par les voyages interstellaires.
Retourner sur la Lune pour reprendre là où Apollo s’était arrêté bien trop tôt. Telle était l’ambition du programme Constellation en passe de devenir une page de l’histoire de la NASA avant même d’avoir atteint son but.