Astéroïdes : de la science à l’exploitation
Véritables briques inutilisées lors de la formation du système solaire, les astéroïdes intéressent les scientifiques tandis que d’autres voudraient carrément exploiter leurs ressources minières.
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L’astéroïde Itokawa photographié par la sonde japonaise Hayabusa. Cet objet de 500 m de large ne menace pas la Terre dans l’immédiat, mais les scientifiques estiment que, d’ici quelques millions d’années, son orbite pourrait recouper celle de notre planète. Crédit : JAXA/ISAS |
Le passage récent de l’astéroïde 1994 CC au mois de juin (voir cette actualité Enjoy Space) nous rappelle que ces fascinants objets — potentiellement dangereux pour certains — restent encore peu connus. Aussi les projets ne manquent pas et on envisage même des missions habitées à leur surface quand il ne s’agit pas d’en extraire de précieux minerais !
Science et prévention
Il faut dire que mieux connaître les astéroïdes — donc leur composition, répartition ou caractéristiques orbitales — revient à mieux comprendre la genèse du système solaire. Car, véritables «laissés pour compte» du mécanisme de formation des planètes, ces briques inutilisées témoignent des conditions qui régnaient alors. Plusieurs missions robotiques ont donc eu pour but de les observer de près et, fin 2005, la sonde nippone Hayabusa accomplissait le premier atterrissage contrôlé sur l’un d’entre eux, en l'occurrence l’astéroïde Itokawa. Malheureusement, l’agence spatiale japonaise JAXA reconnaît elle-même ne pas être certaine que le dispositif de récolte d’échantillon ait correctement fonctionné. La réponse définitive ne sera connue qu’en juin 2010 lorsque la sonde, de retour vers la Terre, y larguera une capsule censée contenir les précieux prélèvements.
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Le tracteur gravitationnel envisagé par la fondation B612. Par sa seule présence, un engin automatique placé stratégiquement près d’un astéroïde finirait par en dévier la trajectoire. Il faudrait en revanche s’y prendre très à l’avance. Crédit : B612 |
Mieux connaître les astéroïdes, et plus particulièrement les géocroiseurs, permettra aussi de mettre au point une stratégie adaptée si un jour nous constatons qu’un impact avec l’un d’eux est inévitable. Sans catastrophisme alarmiste, mais avec sérieux, plusieurs agences spatiales réfléchissent ainsi aux moyens de détourner un NEA (Near Earth Asteroid, soit un astéroïde dont l’orbite frôle ou croise celle de la Terre) dont la trajectoire impliquerait une collision avec notre planète. La NASA a ainsi remis voici quelques années au Congrès américain un rapport listant les options possibles, y compris le recours à des explosions nucléaires pour dévier l’objet ! Un rapport contesté par la fondation B612 qui estime les moyens présentés par l’agence inappropriés et imprécis. Avec à sa tête plusieurs scientifiques et les astronautes Russell Schweickart (Apollo 9) et Ed Lu (STS-106 et Expédition 7), cette fondation plaide pour la mise au point de méthodes de déflexion précises afin d’être certain de placer l’astéroïde menaçant sur une nouvelle orbite qui ne recoupera plus celle de la Terre. Elle avance par exemple celle du tracteur gravitationnel. Dans cette hypothèse, un vaisseau robotique serait envoyé à proximité du NEA jugé dangereux. La seule présence de l’engin (plus exactement sa masse) perturbera l’orbite de l’astéroïde au point qu’il ne sera plus en trajectoire de collision avec la Terre. La méthode présente l’avantage d’aboutir à une modification d’orbite très précise. Le défaut réside dans le fait que cette méthode exige d’agir plusieurs décennies avant l’impact, car la faible masse de l’engin envoyé n’autorise qu’une très modeste perturbation d’orbite qui ne porte ses fruits qu’au bout de plusieurs années. L’Agence Spatiale Européenne, de son côté, conduit ses propres recherches sur le sujet avec le projet de mission Don Quichotte qui vise à volontairement percuter un astéroïde sous la surveillance rapprochée d’une sonde afin de mesurer les différents effets qui en résultent.
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La sonde Don Quichotte observe les effets de l’impacteur Sancho Pancha sur un astéroïde. Ce projet est une étude de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Crédit : ESA/AEOS Medialab |
Vols habités et exploitation
Les vols habités ne sont pas en reste, puisque certains envisagent même l’envoi d’astronautes à la surface d’un géocroiseur et pronostiquent des avancées scientifiques spectaculaires avec les expériences qui pourraient être menées sur place et surtout grâce à un retour conséquent d’échantillons. La NASA a plusieurs fois réfléchi à ce type de mission et n’a pas manqué de faire remarquer que les différents engins nécessaires au retour sur la Lune (fusées Ares I et V, vaisseau Orion, module Altaïr) pouvaient être adaptés à une exploration habitée de certains astéroïdes lorsque ceux-ci croisent près de notre planète. Le sujet est d’ailleurs revenu sur le devant de la scène récemment : le président des États-Unis Barack Obama a en effet demandé à une commission de rendre un rapport sur la direction que doit prendre le programme de vols habités de la NASA et les projets de missions vers des géocroiseurs ont été plus d’une fois évoqués.
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Des astronautes pour mieux étudier les astéroïdes ? La NASA a plusieurs fois mis en avant le fait que le matériel développé pour le retour vers la Lune pouvait être adapté à moindre coût afin de réaliser une telle mission à destination d’un objet passant près de notre planète. Crédit : NASA |
À plus long terme, certains n’hésitent pas à défendre l’idée d’une exploitation des astéroïdes et envisagent de ramener sur Terre les matières premières (du fer par exemple ou des éléments plus précieux comme le platine) prélevées sur ces cailloux vagabonds. Les promoteurs de cette logique avancent aussi qu’une telle logique mettrait fin aux dégradations et pollutions causées sur notre planète par les différentes exploitations minières... Mais l’idée, outre une réalisation technique extrêmement complexe dans les faits, se heurte pour le moment à une réalité économique incontournable : en l’état actuel de la technologie spatiale, une matière première — même très précieuse — coûtera beaucoup plus venue d’un astéroïde que son équivalent prélevé sur notre planète.
Publié le 10 août 2009