La NASA au secours des mineurs chiliens

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L'habitat Aquarius, au large de la Floride, où les astronautes de la NASA viennent s'entraîner à l'isolement avant les vols de longue durée.
Crédit : NASA


Le 5 août dernier, un accident dans la mine de cuivre de San José, près de Copiapo, aux portes du désert d'Atacama, a pris au piège une équipe de mineurs. Ceux-ci ont pu se replier dans un refuge où étaient stockés des provisions et ils communiquent avec la surface via une cheminée de 4 cm de diamètre. Leur libération va nécessiter le forage d'une nouvelle galerie. L'opération pourrait durer trois à quatre mois durant lesquels les 33 hommes, âgés de 19 à 63 ans, devront survivre dans un local d'à peine 50 m2.

A la demande du ministère de la Santé du Chili, la NASA va dépêcher une équipe composée de deux médecins, un psychologue et un ingénieur pour assister les efforts des sauveteurs chiliens. L'équipe doit être à pied d'oeuvre la semaine prochaine, mais quelle expertise de la NASA ou du secteur spatial en général peut aider à la survie d'hommes qui sont bloqués dans un refuge à 700 mètres sous terre ?

Depuis les années 1960, la NASA s'est intéressée aux problèmes liés au confinement de longue durée d'un équipage dans en espace clos. Des expériences d'isolation de quelques semaines à plus de deux mois ont ainsi été effectuées en préparation au programme Skylab. Les Soviétiques faisaient de même de leur côté et dès 1967 ils tentaient une simulation de vol d'un an. Ces expériences, enrichies par des missions opérationnelles à bord des stations spatiales, de Skylab à l'ISS en passant par les Saliouts et Mir, continuent encore aujourd'hui, que ce soit dans des simulateurs au sol, comme l'expérience Mars500 qui a débuté le 3 juin dernier à Moscou avec des volontaires russes, européens et chinois et doit durer jusqu'en novembre 2011, ou dans des habitats sous-marins, comme l'Aquarius, implanté au large de Key Largo, au sud de la Floride. Depuis 2001, ce dernier est utilisé régulièrement par la NASA dans le cadre de son programme NEEMO (NASA Extreme Environment Mission Operations) pour des expéditions de un à deux semaines auxquelles participent des astronautes dans le cadre de leur préparation à des missions de six mois à bord de l'ISS. En outre, les astronautes de la NASA s'entraînent pour des situations d'urgence pour lesquelles des procédures ont été développées et validées pendant des années. Cette expérience peut être vitale pour aider les mineurs emprisonnés à gérer le stress généré par leur enfermement et l'absence d'intimité.

« Les environnements peuvent être différents, la réponse physiologique et psychologique de l'être humain à l'isolation, la promiscuité et les situations d'urgence reste assez similaire, » explique le Dr Michael Duncan, adjoint du médecin en chef du Centre spatial Johnson, à Houston, et membre de la mission de soutien. « Ce que nous avons appris au cours de nos recherches et au cours de missions opérationnelles peut être applicable à la situation. C'est une bonne occasion de bénéficier d'un retour d'expérience spatiale pour aider des gens ici sur Terre. »

Depuis le 3 juin 2010, six volontaires sont enfermés dans cet habitat simulant un vaisseau martien à l'Institut des Problèmes Biomédicaux de Moscou. Ils n'ont pas de contact direct avec l'extérieur car pour parfaire leur isolement, on simule également le décalage dans les communications liés à leur distance simulée à la Terre. Ils atteindront Mars en février 2011 et reviendront en novembre suivant.
Crédit : ESA


L'astronaute canadien Bob Thirsk, qui a effectué un séjour de six mois dans l'ISS et enseigne aujourd'hui les rudiments du vol spatial de longue durée au Centre spatial Johnson, expliquait récemment dans la presse canadienne ses propres recettes pour une survie dans de bonnes conditions, et en premier lieu ne pas laisser s'installer l'ennui, générateur de dépression, d'irritabilité, d'anxiété et de troubles du sommeil. Cela passe par un bon travail d'équipe, des musiques variées, des jeux, la lecture, la possibilité d'échanger avec ses proches, de l'exercice physique et des tâches utiles, comme de mesurer la température et la pression de l'air dans leur refuge et dans les tunnels avoisinants pour en informer les sauveteurs.

De plus, les équipes de surface doivent tenir les mineurs constamment informés de la situation et du progrès des opérations de secours, sans leur mentir, même quand elles rencontrent des difficultés, afin que ses crée un sentiment de cohésion et de confiance et non d'opposition et de suspicion.

« Pour garder une bonne stabilité psychologique, il ne faut pas non plus oublier de s'occuper de soi-même en termes d'hygiène, de moral et d'espace vital, afin de ne pas devenir un poids pour les autres et pour le chef d'équipe » rappelle Bob Thirsk.

L'astronaute européen est confiant dans la capacité des mineurs chiliens à survivre à l'épreuve, mais il note néanmoins une immense différence entre ces naufragés souterrains et les astronautes expérimentant le confinement sur terre, sous l'eau ou dans l'espace : « les astronautes, eux, sont volontaires ».

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